Dimanche 17 décembre 2006
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(De notre envoyé spécial a Bruxelles)
La plaisanterie culottée de certains journalistes de la RTBF -chaîne de télévision belge francophone-, à faire palir de jalousie les intermittents du spectacle de France, a provoqué une vive réaction depuis la semaine dernière en Belgique.
Au moment où tous les honnêtes gens, fatigués de leur journée de travail baissent leur garde face au monde et allument leur poste de télévision, entre 20 et 20h30, un flash spécial a présenté aux téléspectateurs l'inimaginable : la secession de la Flandre, et la fuite du roi (la rumeur disait "en direction de Kinshasa" ...).
Pourquoi ce canular serait-il impossible en France ?
Sur une chaîne nationale, personne ne serait prêt à prendre de tels risques pour sa place et la suite de sa carrière. Si les intermittents ont réussi à plusieurs reprises à utiliser la complicité d'employés de la télévision, il leur a toujours fallu un élément de violence pour "prendre l'espace publique" ne serait-ce que quelques minutes (on se souvient de l'envahissement du plateau de la Star Académy ou celui de la cérémonie des Césars). C'est dans la mesure où ils mettaient à nu la nécessité de cet élément de violence que leurs actions servaient véritablement leur cause.
Ce qui est épatant dans le cas du canular de la RTBF, c'est que c'est un journaliste investi de la parole "vraie", (imaginons un PPDA en France) qui s'est mouillé. Et ce faisant, il s'est montré plus que jamais, journaliste : il a joué avec ce qu'il représente comme corps, visage et discours, pour des dizaines de milliers de braves gens crédules. Il a donné du jeu entre les représentations dominantes que génère à chaque seconde l'écran de télévision, et le réel. Il est intéressant de savoir que tous les signes offerts aux spectateurs que ce flash était un faux sont passés inaperçus. Preuve que le vide entre représentation et réel, même s'il est offert, n'a pas été saisi par la majorité des récepteurs que sont les téléspectateurs.
Dignes successeurs de Magritte, les concepteurs du canular, même s'ils ont été rappelés à l'ordre, s'en sortent pour l'instant indemnes. Et selon des informations récentes, le canular commence à produire des effets intéressants : on apprend aujourd'hui par exemple le rapprochement des rédactions de grands journaux, l'un wallon, l'autre flamand, pour "lutter contre les stéréotypes".
Même si ce projet nous semble digne de Sysiphe -il demanderait une révolution complète du système de circulation de l'information, du système de production, du rapport à l'image animée ...-, il a le mérite de montrer qu'un grand éclat de rire malicieux bien placé peut beaucoup plus qu'on ne le pense.
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