Vendredi 6 octobre 2006
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Ma tête est tout entière dans le montage de l'astre Shiwol: comment composer cette chose-là avec les éléments dont je dispose ? Du point de vue de l'enseignement, du point de vue du public, des espaces disponibles pour pratiquer, des pratiquants plus expérimentés que je délaisse depuis un moment, du point de vue de mon propre entraînement dans l'optique du passage du grade supérieur …
Je vais prendre l'air à quelques centaines de kilomètres d'ici, à l'endroit où se montent régulièrement des clubs tous les ans depuis deux bonnes dizaines d'années : la Belgique wallonne.
J'annonce ma venue au Maître Boussalaa, et à mes frères d'armes, les white tigers.
Frères d'armes, ça fait un peu camarades de légion, on devrait plutôt dire "frères et sœurs désarmés". Un jour, eux et moi, l'espace d'un jour les élèves plus motivés du monde, et les plus heureux de pouvoir suivre ensemble l'enseignement d'un maître qu'on admire et apprécie, nous sommes retrouvés privés de stage, pour des raisons qui nous ont apparu comme le comble de l'injustice. Alors on a parlé, on a ressassé, on a râlé, et après avoir bien décrit le monde dans toute sa crasseuse ignominie en mangeant, assis en tailleur, des spaghettis à la sauce tomate , on l'a refait. Et ça nous a fait.
C'était il y a 7 mois, les white tigers étaient venus à Paris, cette fois-ci, je me déplace. Enfin, je les fais se déplacer aussi –que le Sieur Philippe soit bien remercié de m'avoir conduite avec ses chevaux rapides à travers les prairies-.
Première pause : le cours de Marie à des petits de 4 à 7 ans. Je suis frappée que les parents soient présents. Un couple commente en direct les faits et gestes de leur petite fille et lui adresse des reproches concernant son attitude, jugée par eux trop peu enthousiaste, sa "tricherie" lorsqu'elle termine son parcours d'obstacles… Marie m'expliquera plus tard qu'il accepte leur présence pour prévenir toute calomnie touchant à la pédophilie. C'est une plaie à vif en Belgique. Faut-il pour autant que la famille devienne le seul horizon possible de ces enfants ? Une idée me traverse, de je ne sais où : tout enseignement réel est toujours dispensé envers et contre tout : contre les préjugés –ceux de sa classe, ceux de la classe sociale de l'élève-, contre toutes les formes de pouvoir et d'idéologie dominante, contre une partie de soi, et bien sûr, en partie contre les parents. Alors Socrate était-il plus pédophile que ce brave couple qui propose à leur gosse leur honnêteté et leur bravoure comme avenir ? J'observe que Marie laisse dire les parents, et ne reprend ni ne dément aucun de leur propos.
Pendant ce temps, des minots de 2-3 ans à l'équilibre instable, frères et sœurs de ceux qui s'entraînent, gambadent au milieu du cours.
A la fin, Marie aligne les élèves ; l'une d'entre elles se tortille sur place et murmure à l'oreille quelque chose à sa voisine, puis le chuchotement devient un conciliabule piaillant de petites filles qui trament un mauvais coup. Marie sent le coup monter et les interroge sur leurs intentions. Et ça ricane, et ça clame jusqu'au moment où toutes les petites sortent du rang et se précipitent sur lui … chacune alors, au comble de l'excitation et du gloussement prend un bout de tapis en mousse que Marie tient dans les mains. Et le coup d'Etat a effectivement lieu : des petites fille de 4 à 7 ans viennent de sortir de la discipline prônée par leur instructeur afin de l'aider à ranger le matériel qu'elles ont utilisé.
Philippe lance ses chevaux rapides sur la route et nous voilà repartis, direction le do-jang central de Perwez où a lieu le stage des gradés. Je me trempe dans l'énergie bleu marine locale. Il est bon d'être portée par le groupe : même mon immense fatigue parvient à se dissoudre le temps de l'entraînement. C'est ce trésor qui nous manque encore en France, et qu'il nous faut construire. Je retrouve mon camarade de combat libre de Suisse, Stéphane. A nouveau, nous nous amusons beaucoup. Ses cheveux ont repoussé mais son do bok n'est toujours pas sec. C'est sans doute ce qui s'appelle avoir de la trempe !
Le cours se termine. Je salue mes camarades, Foad, Mourad, Rudy, Stéphane. Certains me reprochent de ne pas avoir prévenu de mon passage. Je suis un peu gênée de cette hospitalité qu'ils me témoignent, et que je ne peux honorer. Mais il serait trop long de leur parler des frères et sœurs désarmés. Je reviendrai bientôt, de toutes façons.
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