Lundi 2 juillet 2007
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22:29
Placement du ventre, posture du dos, vitesse, kiai, tous les détails furent passés en revue, et continuellement réajustés. J'avais hâte de pouvoir apprendre à
couper. Ce genre de test était bien entendu parfaitement inutile sur le plan stratégique, mais était très révélateur des qualités et des défauts de frappe (...).
Désormais, le Maître ne parlait plus beaucoup, et encore moins pendant les séances d'entraînement. Par contre, il restait plus souvent à m'observer. Cela fut un peu gênant au début, puis
très vite, je m'y habituai.
Un jour, après l'entraînement, il me demanda à brûle-pour-point :
"- Peux-tu venir demain ?"
J'avais un programme chargé, mais je savais que je pouvais aisément l'adapter aux circonstances changeantes qui survenaient fréquemment. Pourtant, je répondis légèrement :
"- Oui, peut-être, Sensei, je ne sais pas si j'aurai le temps, j'ai ..."
Il ne me laissa pas finir ma phrase et ajouta :
"- La permanence de la conscience n'est qu'une simple idée née de l'action du temps. Le temps dépend de la mémoire et, la mémoire, du mental. Le temps est aussi inexistant que le mental, comment
peux-tu parler de temps ?"
"- C'est une façon de parler", répondis-je, touché par sa réplique tranchante.
"- Les mots ne doivent pas être réduits à l'état de phrases puériles et vides de signification. On ne doit rien dire plutôt que d'aligner les mots sans signification profonde. Chaque mot doit
transporter l'énergie qui lui convient. A l'avenir, fais donc attention à ce que tu dis. La puissance du kiai commence par le contrôle de la parole".
(...)
"- Il semble difficile de concilier l'action et le non-agir. Pouvez-vous éclaircir cette notion dans le contexte du iaido ?"
"- L'art du non-agir n'est nullement de ne rien entreprendre ou de ne rien construire. C'est avant tout l'art de faire un avec l'environnement. Cela entraîne automatiquement le respect des lois
qui régissent la nature, dont l'homme est un élément fondamental. Ce respect de l'ordre naturel établit une similitude de vibrations entre l'âme universelle et l'âme humaine Cela suppose de notre
part une connaissance des lois de cette nature. Lorsque je parle de connaissance, je ne pense pas à ce qui est emmagasiné dans notre intellect mais à ce qui fait qu'un homme devient un jour
l'incarnation vivante de ces lois, et par là-même devient un véritable sage, un sage qui, comme l'entend Lao Tseu "crée sans posséder, agit sans rien attendre, ne s'attache pas au fruit de ses
oeuvres, et dans l'abandon, ne demeure pas abandonné.". (...)
Iaido ou L'art de trancher l'ego, de Michel Coquet (L'or du temps)
Par Dodeline
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Publié dans : littérature et témoignages
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