Samedi 6 octobre 2007
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Hourra, Viva
Ce matin, Madame Véronique Pélerin est revenue. Si vous ne connaissez pas ce nom, sachez que c'est la journaliste du week-end sur France Culture. Disparue des ondes
depuis la fin août, nous craignions qu'elle n'ait été remplacée par un speaker bavard de plus ... Car Véronique Pélerin illustre que tout n'est pas encore tout à fait perdu en France, malgré
l'abaissement complet de la période.
Mais pourquoi Véronique Pélerin nous est-elle si précieuse ?
- En premier lieu, parce que sa présence est un écart de France Culture avec elle-même et sa forte tendance au préchi précha cultureux. Dans une profession où le
bien parler est certainement une qualité indispensable, Véronique Pélerin est un OVNI. Son ton est certes
élégant, sa manière de parler distanciée, ironique ; mais le plus caractéristique est une tendance à un singulier bafouillage, une manière de notre journaliste de littéralement trébucher sur les
mots, comme si elle perdait l'équilibre. Son discours devient alors un peu heurté et saccadé. Qui ne ferait qu'écouter la musique de ses nouvelles trouverait là une partition pour le moins
déroutante ; sans aucun doute, Brice Hortefeux et son petit empereur de chef, s'ils l'entendaient, l'enverraient immédiatement repasser son test de français et faire vérifier ses gènes (le débat
sur le test ADN pour les immigrés a voilé que la question était celle des gênes que présentent l'étranger).
Mais voilà, Véronique Pélerin a une âme, et ça s'entend. Avant elle, nous n'avions pas idée de ce qu'était un grand journaliste de radio. Un journaliste doit
transformer le bruit du monde, la rumeur opaque qui nous glisse dessus, en quelque chose qui parle à chacun. Ce matin, il est question de la situation en Birmanie et des manifestations organisées
à travers le monde en soutien aux agitateurs birmans, principalement moines et étudiants ; de celle de Paris, qui aura lieu devant l'ambassade de Chine -quelqu'un d'Amnesty nous explique pendant
le flash pourquoi là-. Et tout d'un coup, que 30 secondes d'un flash mondial de 5 minutes soient consacrées à l'endroit précis où se tiendra cette manifestation, est une invitation : à comprendre
les relations entre la Birmanie et le reste du monde, à savoir comment se conçoit une manifestation, à aller éventuellement manifester soi-même. Et Véronique Pélerin parle alors à tous les
adeptes du "zen" à la mode, aux lecteurs avides du Dalaï Lama, et aux autres. Et avec son flash info, au moment où tout le monde rentre dans le week-end et ne veut plus penser, elle rentre en
scène.
Autre sujet poignant de son journal : Marion Jones, la sidérante athlète américaine vient d'avouer qu'elle avait menti, et s'était dopée. C'est sa voix brouillée par
les larmes qu'on entend avouer aux journalistes l'étendue de sa mystification. C'est beau et fort comme le meilleur théâtre. On sort de la bêtise moralisatrice contre le dopage.
Se taire pour écouter. Cesser de commenter pour parler. Ne pas en dire trop pour faire entendre. Mettre en scène pour affecter
et inciter à penser.
Par Dodeline
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Publié dans : L'Europe, au-delà du MDK
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