Dimanche 28 décembre 2008
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(...) Dès ses touts débuts (les Présocratiques ioniens), la philosophie apparut dans les interstices de
communautés sociales organiques comme la pensée de ceux qui se voyaient prisonniers d'une sorte de position transversale, incapables de s'identifier pleinement à quelque identité sociale que ce
soit. Dans le droit fil de ce constat, Kant développa l'idée de la "Weltburgergesellschaft", société civile mondiale cosmopolite, qui n'est pas simplement une extension de la citoyenneté d'un
Etat nation à la citoyenneté d'un Etat trans-national global. Membre d'une société civile mondiale, on ne s'identifie plus à un groupe ethnique ou à une tradition culturelle, mais pas non plus à
une "humanité", envisagée comme un Tout englobant. On adopte plutôt la position que Gilles Deleuze appelait de la singularité universelle : un sujet singulier qui, par une sorte de court-circuit
contournant la médiation du particulier, participe directement de l'Universel. Parlons d'identification à un certain principe éthico-politique universel : un collectif religieux universel, un
collectif scientifique, une organisation révolutionnaire globale, tous étant en principe accessibles à chacun. C'est ce que Kant dans son célèbre article "Qu'est-ce que les Lumières?" entendait
par l'usage public de la raison, en tant qu'opposé à son usage privé : le terme "privé" ne désigne pas ici l'individu pris en dehors de ses liens communautaires mais bien l'ordre
communautaire, institutionnel ou éthique auquel on appartient, les racines particulières de chacun, alors que le terme "public" renvoie à l'universalité sans racine propre à l'exercice par chacun
de sa raison. Le paradoxe est alors que l'on ne participe précisément à la dimension universelle de la sphère "publique" qu'en tant qu'individu singulier extrait de, ou même opposé à
l'identification communautaire organique- on ne peut être véritablement universel qu'à la condition d'être radicalement singulier, dans les interstices des identités communautaires.
In Slavoj Zizek, Que veut l'Europe, Réflexions sur une nécessaire réappropriation, chapitre : quelle est la tâche des intellectuels
en cette basse époque ?,
Par Dodeline
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Publié dans : L'Europe, au-delà du MDK
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