Lundi 18 décembre 2006
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11:00
Le récit qui suit explique en plusieurs épisodes, comment deux demoiselles ont maintenu allumée la flamme du Moo Duk Kwan en dépit des vents violents ayant soufflé sur Paris cette semaine là.
Jeudi soir 1er décembre, Tattetan apprend au téléphone qu'aucun des amis qu'elle avait invités le 9 ne fera finalement le voyage.
Comment cette histoire avait-elle commencé, impossible de s'en souvenir vraiment. Cela devait remonter à plusieurs mois en arrière, si ce n'est plus.
Pendant un temps, elle n'y avait plus pensé ; et à nouveau l'idée était revenue, comme si elle ne l'avait jamais quittée. A bien y réfléchir, c'était peut-être une idée de petite fille qui veut préparer un spectacle de danse avec ses copines et épater les parents. Ou une lubie d’adolescente ayant voulu fuguer cinquante fois mais ne l'ayant jamais fait, qui adore les road-movies parce qu'il y a toujours une panne de voiture au milieu de nulle part et qu'il faut pourtant, pour que le film continue, sortir du désert. Ou une construction mentale venue de ses lectures post-ado, des histoires de camarades qui s'unissent, piquent des canons à une armée d'occupation trop sûre d'elle, et gouvernent Paris pendant trois mois avant de se faire finalement massacrer.
Comme le dit souvent Baruch, le vendeur de lentilles de son quartier, " les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs actions mais ignorants des causes qui les déterminent".
C’était en tout cas une belle idée de Soo Bahk Do, ça, elle en était sûre ; une manière d’être au plus près de ce qu’est dans le fond, le Moo Duk Kwan.
Le vendredi, elle a encore pensé à faire venir des gens d'ailleurs. Mais d'où ? Il fallait arrêter de patauger dans l'ailleurs pour s'occuper de l'ici et maintenant.
Le samedi soir, au moment de se coucher, à moins que ce ne soit le dimanche matin, les choses avaient cheminé en elle ; Elle allait se rendre au rendez-vous d'Elbeuf, pris depuis le mois d'août, même si ce devait être seule. Après tout, c'était conforme à sa maxime d'autonomie : "ne compter que sur ses propres forces". Surtout si elles sont faibles.
Le dimanche dans l'après-midi, elle a appelé la seule personne susceptible de l'accompagner dans son road-movie chorégraphié au milieu de nulle part, sans les parents et sans le massacre : Xiao Shan, le petit volcan.
Après avoir mangé ses frites, tantôt de la main droite tantôt de la main gauche, puisqu'il lui en fallait toujours une de libre, soit pour tourner la poignée de l'accélérateur, soit pour serrer le frein, Tattetan descendit de son pégaze mécanique. Quelle fatigue déjà, et rien n'avait encore commencé! C'était peut-être l'alternance frein, accélérateur, frite. La lune était quasiment pleine, en arrivant près du bois, et cela lui donna une idée de la grandeur de cette fatigue.
Tattetan a proposé à Xiao Shan de s'installer chez elle. Il restait 6 jours avant le rendez-vous d'Elbeuf. C'est très court dans les conditions d'entraînement régulières, mais ça pouvait se révéler assez long à condition de changer de rapport au temps : le prendre où il est, au lieu de se laisser prendre par lui. Il fallait se donner le temps de la préparation, du travail, de la recherche. Il fallait se le donner. Fidèle à sa réserve, Xiao Shan n'a pas beaucoup manifesté. Le rendez-vous pour le lendemain soir était pris.
(A suivre)
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