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SOO BAHK DO - Moo Duk Kwan










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 Bienvenue sur le blog Shiwol do-jang !


Shiwol do-jang est un espace mental construit en France à partir de la pratique de l'art martial Soo Bahk Do -Moo Duk Kwan. 
Le Soo Bahk Do est un art martial coréen, façonné par la culture et la tradition coréennes. Si certaines de ses techniques remontent à plusieurs centaines d'années, l'art dans sa forme moderne naît en 1945. La Corée recouvre tout juste sa liberté après 30 ans d'occupation japonaise lorsque Hwang Kee fonde son école Moo Duk Kwan à Séoul, d'où est issu le Soo Bahk Do.

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La pratique du Soo Bahk Do repose sur les principes de respect du vivant ("hwal" en coréen) et d'harmonie nécessaire entre l'humain et la nature. Sont également considérées comme fondamentales la cohésion du groupe et la solidarité. Enfin, comme le veut l'empreinte confucéenne, la relation entre l'enseignant et l'élève étudiant est considérée comme étant de la plus haute valeur. On trouvera aussi toutes sortes de textes, réflexions, digressions comme autant de petites sentiers cheminant dans l'art martial et au-delà.

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 06:49

La récente promotion au grade de ceinture rouge de trois enfants, ayant débuté le Soo Bahk Do lors de la première année d'existence de Shiwol, en même temps que l'émergence d'un sérieux questionnement individuel chez les trois plus anciennes pratiquantes adultes du do-jang nous amène à essayer de serrer au plus près ce qu'on pourrait appeler la "condition du sunbae".

Chez les enfants, la ceinture rouge, que l'on obtient en moyenne après 5 à 6 ans de pratique marque un véritable changement de statut. Ils ont l'impression de rentrer dans le petit cercle des chefs, de ceux qui savent, de ceux qui, du fait de leur petit nombre et de leur placement dans les lignes, sont plus respectables. A 12 ans, ils ont déjà pratiqué la moitié de leur vie ! Le rouge de leur ceinture les font passer dans la symbolique des couleurs du Moo Duk Kwan du printemps à l'été, du temps des fleurs au temps des fruits, du temps de la croissance au temps d'une certaine maturité.

Aussi, depuis la semaine dernière et l'obtention de la précieuse étoffe rouge, on peut observer chez celui-ci une stabilité nouvelle, plus de calme, comme s'il y avait un soulagement intime, touchant à l'idée qu'il a de lui-même et à ce dont il se croyait capable. Chez celui-là, c'est la joie et l'excitation qui l'emportent, comme si, avec ce nouveau grade flamboyant, une barrière était franchie et tout devenait possible, et d'abord la manifestation de sa nouvelle énergie. Nous ne sommes pas loin de penser qu'un groupe de ceintures rouges, pour qui l'obsession d'être le chef (courante dans les groupes de garçons de cet âge)  passerait au second plan, serait un magnifique terrain d'expérimentation et de travail autour de l'art martial, mais pas nécessairement à son propos. Ce serait pour eux par exemple : ce que la pratique nous a rendus capable de faire ensemble. Un beau chantier de méditation pour nous les cadres, pendant les heures creuses de l'été, que d'organiser cet espace au long cours.

Chez les adultes, les choses se présentent de manière un peu différente. Devenue ceinture rouge, (ou bleue marine) ou l'étant depuis une ou deux années déjà, c'est souvent le moment où l'on se demande pourquoi on est là, à s'entraîner depuis tant d'années, à répéter, encore et encore. La question de la répétition a ici toute son importance, d'autant plus que souvent, une ou deux autres "générations" d'élèves sont arrivées après, et les anciens ont donc répété deux à trois fois plus les mêmes mouvements que ceux-là. Ce qui nous amène à une définition nominale du sunbae : celui qui était là avant.

Concernant la répétition, nous aimons bien nous référer à ce qu'en dit Maître Choi: il n'y a pas de répétitionMaître Choi dit qu'on doit pouvoir faire, même au bout de 30 ans de pratique, la défense niveau bas, que l'on apprend le premier jour, comme si ce mouvement était nouveau1Cette idée radicale est le type d'exigeance que devrait se donner un "ancien". Si tu as l'impression de refaire, ce que tu as fait avant, alors c'est que tu n'arrives plus à le faire comme si tu ne l'avais jamais fait. Cela demande d'être capable de "vider son verre" (empty your cup, comme disent les américains) ; si on veut être occidental, cela demande d'être grec, et plus précisément héraclitéen (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve). 

Oui, très bien, sûrement ! Mais il y a des obstacles à ce très sain processus d'auto-régénération, et d'abord celui-ci : le sunbae était là avant. Il a vécu avec le do-jang, il a vieilli avec lui, il l'a soutenu quand il vacillait, il a travaillé pour le faire tenir. De plus, le sunbae, du fait de sa présence ancienne connaît bien l'instructeur, et il ne peut s'empêcher de penser qu'il a droit à une relation privilégiée avec lui. Sur ce dernier point, on pourrait prendre l'exemple d'une famille : l'aîné vit toujours comme une privation l'arrivée du second enfant, parce qu'il vient lui enlever ce qu'il recevait exclusivement auparavant : le soin, l'attention et l'amour des parents. 

La lucidité du sunbae devrait lui permettre de distinguer plusieurs aspects de sa situation, plutôt que de n'y trouver que du manque : tout d'abord, du point de vue de l'entraînement, il doit trouver plus d'autonomie, c'est-à-dire, être conscient de ses points forts, de ses points plus faibles, et devenir capable de s'entraîner sans être sous le regard du maître. D'une part, cela signfie être capable de s'entraîner seul et pas seulement quand il y a cours. D'autre part, de travailler sur ses points faibles, c'est-à-dire, la plupart du temps, ce qu'il apprécie le moins dans l'entraînement. Une autonomie nouvelle est toujours la source d'une grande satisfaction, qu'on se souvienne quand nous avons appris à marcher, ou à lire !

Le sunbae gagnera aussi en autonomie en se nourrissant par l'étude, et très certainement par des lectures, se concentrant ainsi sur son propre perfectionnement. La pratique des arts martiaux achoppe à un moment, si on ne s'intéresse pas au fond culturel d'où ils sont issus. Le projet d'une bibliothèque de Shiwol, où les livres pourraient être empruntés est plus que jamais d'actualité.

Le sunbae, comme il est là depuis longtemps a beaucoup appris, et souvent aussi beaucoup oublié. La reprise de ce qu'il a oublié devrait être une des tâches qu'il se fixe (s'il a vraiment oublié, il peut/doit demander à l'instructeur que celui-ci lui montre à nouveau).

Enfin, en ce qui concerne l'aspect affectif, et la dimension inter-personnelle, nous ne pouvons que faire appel à la noblesse d'esprit qui réside en chacun de nous, ou encore à une forme de virilité, au sens antique du terme2. Dans le do-jang, on ne peut qu'encourager la prise en compte de la dimension collective, et s'imposer à soi-même une certaine hauteur de vue : L'instructeur n'est pas un territoire à prendre ! Il a certes créé un territoire, celui de l'entraînement, mais il n'est pas ce territoire. Enfin, lui aussi est un élève, même devenu maître, et il continue à apprendre, à se transformer, bref, à vivre.

Une fois ce fait sincèrement et réellement accepté, alors un espace pourra naturellement se constituer dans lequel le maître fait confiance au sunbae, lui confie des tâches, et en viendra probablement à lui proposer des choses nouvelles, intéressantes et créatrices. Mais la règle vaut pour tous : commencer par s'examiner soi, ses frustrations (c'est d'elles qu'on apprend!), ses aspirations, avant d'exiger des autres. Et ensuite se reposer calmement la question : le fait d'avoir été là avant devrait-il me procurer des avantages ? Suis-je pour le rétablissemnt du droit d'aînesse, aboli en France une première fois sous la révolution en 1792, puis définitivement en 1849 ? Ou alors, suis-je plutôt pour l'existence d'une aristocratie d'esprit ?

 

1 Une fois, Maître Choi avait même été plus loin en disant que le Soo Bahk Do, ce n'était pas grand chose, seulement la défense niveau bas.

Virilité vient du latin "vir" (lié au mot virtus) et qualifie l'ensemble des qualités qui font la valeur d'un homme physiquement et moralement : les mérites, les talents, la vigueur, la bravoure.

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