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SOO BAHK DO - Moo Duk Kwan










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 Bienvenue sur le blog Shiwol do-jang !


Shiwol do-jang est un espace mental construit en France à partir de la pratique de l'art martial Soo Bahk Do -Moo Duk Kwan. 
Le Soo Bahk Do est un art martial coréen, façonné par la culture et la tradition coréennes. Si certaines de ses techniques remontent à plusieurs centaines d'années, l'art dans sa forme moderne naît en 1945. La Corée recouvre tout juste sa liberté après 30 ans d'occupation japonaise lorsque Hwang Kee fonde son école Moo Duk Kwan à Séoul, d'où est issu le Soo Bahk Do.

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La pratique du Soo Bahk Do repose sur les principes de respect du vivant ("hwal" en coréen) et d'harmonie nécessaire entre l'humain et la nature. Sont également considérées comme fondamentales la cohésion du groupe et la solidarité. Enfin, comme le veut l'empreinte confucéenne, la relation entre l'enseignant et l'élève étudiant est considérée comme étant de la plus haute valeur. On trouvera aussi toutes sortes de textes, réflexions, digressions comme autant de petites sentiers cheminant dans l'art martial et au-delà.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 05:47

 

 La ritualisation dans le do-jang existe et elle est nécessaire. Pas seulement parce que les techniques de combat, du fait de leur signification, et de l'orientation qu'elle donne à l'âme humaine sont de l'ordre du sacré. A-t-on songé à ce que signifiait de passer une partie de sa vie à apprendre à comment se défendre de l'autre, ou encore, à le mettre "hors d'état de nuire" ?

Mais la ritualisation concerne aussi ceci : indépendemment des techniques, l'essentiel de ce qui a lieu dans le do-jang met en jeu cette chose toute simple : on y donne, et on y reçoit. 

Donner et recevoir, ça a l'air très simple, et pourtant, comme la psychanalyse le met constamment en évidence, c'est une des dimensions de l'humain les plus complexes (disons le carrément, l'une des dimensions les plus bordéliques).

  •  posons une première question : que donne celui qui donne, ou celui qui offre ? Que reçoit de ce don celui qui reçoit ?

 Si l'on admet comme acquise l'existence d'un inconscient, cette question devient :

  • que croit donner celui qui donne ? Que croit recevoir celui qui reçoit ?

(on pourrait ajouter à cette question celle-ci : pourquoi celui qui donne veut-il donner ceci ? Pourquoi celui qui reçoit veut-il acquérir cela ?)

  • En posant un étage supplémentaire à ce petit échaffaudage, et en s'intéressant à la structure de l'échange (et non pas à son objet) : Celui qui reçoit ne donne-t-il pas aussi dans le fait même qu'il reçoive (comme le rappelle le symbole yin/yang, la partie active a aussi en son sein une partie passive, et réciproquement, la partie réceptive-qui reçoit- intègre une partie active-ce que nous appelons ici "don") ? Et réciproquement celui qui donne ne reçoit-il pas dans le fait même de donner ?

Le bref aperçu de ce miroir aux alouettes nous sert seulement à rappeler ceci : il est bon et essentiel de se remercier l'un l'autre à la fin d'un cours !

 

Si l'on se réfère au texte de Maître Choi, la manière dont on reçoit, la manière dont on donne (ou encore les coordonnées de l'échange pédagogique) se caractérisent de 3 manières différentes :

1/ Le rapport don/réception est caractérisé par le fait que l'élève paie : il achète un produit, en l'occurence des techniques, et bien sûr, le service de celui qui les montre, et considère que cet achat lui donne des droits : celui de "posséder" les techniques qu'il a payées d'une part, et de ne pas souffrir pour les apprendre d'autre part. Une des fonctions de l'argent étant d'obtenir une vie plus confortable, il faudrait être fou pour acheter quelque chose qui nous la rende moins confortable ! La relation élève/instructeur est alors définie par l'échange commercial.


2/ Le rapport don/réception se fonde sur le fait que l'élève a un but. Il aspire à apprendre des techniques, parce qu'il les admire, les trouve belles ; il est conscient que son perfectionnement passe par là. Pour cette raison, il est prêt à accepter les difficultés que présentera l'entraînement. 

 

3/ Le rapport don/réception se fonde sur la relation au maître (il n'y a peut-être de "maître" à proprement parler que s'il y a cette relation). Maître Choi dit que l'élève en ce cas est capable de se représenter le cheminement que représente une vie dans et pour l'art martial ; le fait de se représenter cette existence donne à l'élève une idée sur la philosophie de l'art martial, tel qu'enseigné par le maître. Conscient de l'effort pour gravir le chemin escarpé que cela représente, l'élève est alors disciple. 

La vie d'un do-jang, c'est parvenir à faire cohabiter ces différentes manières d'être là, d'apprendre, et d'enseigner. 

 

Ritualisation alors ?

La ritualisation devrait être la musique du do-jang, être là pour adoucir les moeurs ; servir à ce que le don de l'enseignant ne soit pas arraché par l'élève, ou exigé ; et inversement que la manière dont l'élève reçoit ne soit pas l'objet de brutalité parce que l'enseignant exige que son enseignement soit reçu d'une manière et d'une seule, celle qu'il souhaite, dans le style qu'il souhaite. Une des lignes de fuite1 du do-jang, ce serait : l'élève reçoit ce que l'enseignant lui donne d'une façon telle qu'il lui apprend quelque chose qu'il ignorait sur ce qu'il pensait donner.

 

http://www.youtube.com/watch?v=Q-KVoDJYXcY

 

1 "c’est que les gens, que ce soient les individus ou les groupes, ils sont composés de lignes. C’est une analyse de linéaments, tracer les lignes de quelqu’un, à la lettre, faire la carte de quelqu’un. Alors là, la question même : est-ce que ça veut dire quelque chose ou pas ? Évidemment elle perd tout sens. Une ligne, ça veut rien dire. Simplement faire la carte avec "les espèces de lignes de quelqu’un" ou d’un groupe, d’un individu, à savoir qu’est-ce que c’est que toutes ces lignes qui se mélangent. En effet... Il me semble, on pourrait concevoir les gens comme des "mains". Chacun de nous c’est comme une main ou plusieurs mains. On a des lignes, alors ces lignes ne disent pas l’avenir parce qu’elles préexistent pas, mais il y a des lignes, bon, de toutes sortes de natures, et entre autres il y a des lignes qu’on peut appeler de bordures, de pentes ou de fuites.

-  Et d’une certaine manière vivre, c’est vivre sur - en tout cas aussi - c’est vivre sur ces lignes de fuite. Alors c’est ça que j’ai essayé d’expliquer, mais chaque type de lignes a ses dangers. C’est pour ça que, c’est pour ça que c’est bien, c’est pour ça que c’est très bien, on peut jamais dire - c’est là que je me sauverai - le salut ou le désespoir, vient toujours d’une autre ligne que celle qu’on attendait. On est toujours pris par surprise.

Je disais le danger propre à la ligne de fuite, c’est qu’elle frôle à des choses tellement étranges que d’une certaine manière c’est d’elles qu’il faut qu’on se méfie le plus. C’est de celles que nous traçons qu’il faut se méfier le plus en ce sens que c’est là qu’on frôle les plus grands dangers. A savoir les lignes de fuite, elles ont toujours une potentialité, une espèce de puissance, de possibilité de tourner en ligne de destruction, en ligne de désespoir et de destruction. Alors que - j’ai essayé d’expliquer la dernière fois - que pour moi en tout cas, c’était des lignes de vie, c’était avant tout là, et sur ces "pointes", sur ces "pointes de fuite" c’était là que se faisait et se créait la vie. 

 cours de Gilles Deleuze à Vincennes « Anti-Œdipe et autres réflexions », du 27/05/1980 - 1 Transcription : Frédéric Astier -

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commentaires

cécile 26/05/2013 12:54


J'ai pensé aussi assez vite à Marcel Mauss et également au peu que je connais du "maître ignorant" de Jacques Rancière. Au dela de ces références je crois que chacun s'y/se retrouve au travers de
cette transaction -donner/recevoir- dans l'existence, même momentanée, d'une relation et dans la qualité de cette relation ; qualité inhérente, je crois, à la connaissance et l'aceptation par
chacune des parties des limites de son action.

Dodeline 26/05/2013 13:23



Merci pour ce commentaire Cécile. J'avoue ne pas avoir lu Marcel Mauss. Le maître ignorant a dû me rentrer par quelques pores de la peau, je l'ai bien lu, et l'ai aussitôt oublié. Ce dont
j'essayais de parler ici n'était pas tant la relation enseignant/élève que les biais par lesquels cette relation "fuit" de toutes parts, non pas du caractère limitatif de l'action de l'un par
rapport à l'autre mais le potentiel illimité de cette relation, du fait des "lignes de fuite".



shouhart 25/05/2013 12:49


cela m'a fait penser assea rapidement à Mauss et son étude sur le don lu il y a trop longtemps pour en avoir une vision fraiche, mais le troisième élément observé par MM dans son étude, le fait
de rendre est assez intéressant pour ce que tu évoques de la nature du don, entre sa part révélé et sa part révélante, et surtout pour les lignes de fuite, ou le devenir incessant (je remercie
wikipedia pour la facilité de récup) : « présenter quelque chose à quelqu'un, c'est présenter quelque chose de soi...On comprend donc clairement et logiquement, dans ce système d'idées,
qu'il faille rendre à autrui ce qui est en réalité parcelle de sa nature et substance" Marcel Mauss, Essai sur le don

Dodeline 26/05/2013 13:45



Bonjour Shouart, merci pour ce commentaire. J'aime bien l'expression "ligne de fuite" trouvée par Deleuze, pour son aspect visuel (la ligne de fuite, c'est ce qui donne de la profondeur à une
image, qui n'aurait sinon que 2 dimensions) qui nous oriente vers des questions de topographie. Et le danger potentiellement destructeur est bien rendu par l'idée de fuite -ce qui déborde-.


En ce qui concerne la citation de Mauss, elle éclaire, mais s'obscurcit à la fin, c'est le moins que l'on puisse dire : " qu'il faille rendre à autrui ce qui est en réalité parcelle de sa nature
et substance".



Tatetan 23/05/2013 20:27


"Quand beaucoup d'hommes sont ensemble, il faut les séparer par des rites ou bien ils se massacrent" Jean-Paul Sartre.