Texte Libre

 

 Bienvenue sur le blog Shiwol do-jang!


Il sera question dans ces pages
Du Soo Bahk Do Moo Duk Kwan, art martial traditionnel coréen
D'une certaine tendance de sa pratique, Shiwol.
De ce qui s'effusionne dans Shiwol et dans les alentours : 
De la Corée, cet étrange bout de terre qui n'a plus rien de calme,
et s'agite de tout son corps divisé.

Nous nous égarerons aussi parfois dans des digressions hors de propos, mais nous espérons que les lecteurs, informés que bien souvent, le plus intéressant dans un livre, ce sont les notes de bas de page, pas ne nous en voudront pas

Et s'ils éprouvent quelque rancune, nous attendons avec une certaine impatience leur commentaire
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L'Europe, au-delà du MDK

Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 11:25
On se souvient du lancement, au début du quinquennat Sarkozy du Ministère de l'immigration et de l'identité  nationale. Plusieurs historiens et anthropologues avaient souligné alors dans la presse l'ambiguité de ce nom. Deux ans plus tard, rien n'a vraiment changé, (entretien avec J-F Bayart ou contribution de A. Renaut).
Ces jours-ci, un certain ministre, nommé Besson, qui a récemment été chargé dudit ministère lance un forum  pour "discuter de l'identité nationale". Hier, ou avant-hier, il fut accueilli à Science-Po comme il se doit par un groupe d'étudiants, lui a chantant la Marseillaise ; le ministre Besson s'est immédiatement mis à la fredonner à son tour, avec le visage bonhomme qu'on imagine, avant tout de même de sortir fissa par la porte de derrière.
La marseillaise, on s'accorde pour dire qu'on ne la chante plus qu'avant les matchs de foot ou de rugby. D'où la remarque de mon papa, que "ce chant est ridicule, avec ses paroles outrageusement violentes" (il n'a pas dit outrageusement, c'est moi qui traduit
). Mon papa est mûr pour tchater sur le forum de Besson.
Par hasard, depuis cet été, La Révolution Française de Jules Michelet (1798-1874) est à mon chevet. Assez fabuleux livre, "énorme" comme dirait le journal l'Equipe quand l'équipe de France réussit à marquer des buts, mais énorme pour moi en ce sens que ses milliers de pages sont lourdes à transporter dans les bagages, et qu'il a un souffle à décorner les baufs. Ca fait nettement plus peur qu'un roman noir, les morts ne sont pas de pacotille, dès qu'il y a une peur collective, des massacres ont lieu à côté desquels le plus méchant des serial killers ressemble à un bisounours.
Ce livre porte à tel point l'esprit de ce que dut être la révolution qu'on ne sort de ces pages qu'avec l'idée que notre vie à nous  français d'aujourd'hui, est devenue bien plus proche de celle de batraciens (pour ceux qui habitent la mare sociale) ou de crabes (pour ceux qui s'abritent derrière la carapace de la propriété) que celle des hommes d'alors.
Michelet explique très bien et de manière nettement plus convaincante que mon papa le sens de la Marseillaise.

Ah ! ce qui le rendait sublime, c'est qu'à proprement parler ce moment n'était pas militaire. Il fut héroïque. Par-dessus l'élan de la guerre, sa fureur et sa violence, planait toujours la grande pensée, vraiment sainte, de la Révolution, l'affranchissement du monde.

En récompense, il fut donné à la grande âme de la France, en son moment désintéressé et sacré, de trouver un chant — un chant qui, répété de proche en proche, a gagné toute la terre. Cela est divin et rare d'ajouter un chant éternel à la voix des nations. Il fut trouvé à Strasbourg, à deux pas de l'ennemi. Le nom que lui donna l'auteur est Le chant de l'armée du Rhin. Trouvé en mars ou avril, au premier moment de la guerre, il ne lui fallut pas deux mois pour pénétrer dans toute la France. Il alla frapper au fond du Midi, comme par un violent écho, et Marseille répondit au Rhin. Sublime destinée de ce chant ! Il est chanté des Marseillais à l'assaut des Tuileries, il brise le trône au 10 août. On l'appelle La Marseillaise. Il est chanté à Valmy, affermit nos lignes flottantes, effraye l'aigle noir de Prusse. Et c'est encore avec ce chant que nos jeunes soldats novices gravirent le coteau de Jemmapes, franchirent les redoutes autrichiennes, frappèrent les vieilles bandes hongroises, endurcies aux guerres des Turcs. Le fer ni le feu n'y pouvaient; il fallut, pour briser leur courage, le chant de la liberté (...)

 

Il y a trois semaines, à Atlanta, Alex Carillo le représentant du Chili, et l'un de ses élèves me croisant dans un couloir se mirent à improviser une Marseillaise. Il ne leur restait guère de leur cours de français que le "Allons enfants de la Patriiii euh", mais la montée dans les notes suivie de la redescente, avec un accent sud-américain, les sourcils froncés, et le torse bombé me firent  un certain effet. Ce que pouvait être l'hymne du Chili, je n'en avais aucune idée mais Alex chantait cette chanson comme son propre hymne national.

Alex Carillo, méditant en bonne compagnie


Je dus donner le change -en remerciant mon prof de musique de nous avoir appris au collège un répertoire de chansons révolutionnaires-. "Aux armes citoyens, formons nos bataillons ..." et le moment émouvant pour Alex fut lorsque je dis "marchons, marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons". Là, cela touchait quelque chose chez lui, et ce n'était pas de mon fait. Michelet nous en dit quelque chose :

 

Ce ne fut pas, comme on l'a dit, dans un repas de famille que fut trouvé le chant sacré. Ce fut dans une foule émue. Les volontaires partaient le lendemain (...) Tout le monde était ému ; on voyait devant soi commencer la longue carrière de la guerre de la liberté qui, trente ans durant, a noyé de sang l'Europe.(...)

Rouget de Lisle, c'était lui, se précipita de la salle, et il écrivit tout, musique et paroles. Il rentra en chantant la strophe : « Allons enfants de la patrie !» Ce fut comme un éclair du ciel. Tout le monde fut saisi, ravi, tous reconnurent ce chant, entendu pour la première fois. Tous le savaient, tous le chantèrent, tout Strasbourg, toute la France. Le monde, tant qu'il y aura un monde, le chantera à jamais.

Si ce n'était qu'un chant de guerre, il n'aurait pas été adopté des nations. C'est un chant de fraternité.

 

Comment se fait-il que la génération de mon père, pourtant née pendant les plus grands périls, ceux de la guerre mondiale, ait pu oublier l'esprit de la marseillaise, son contexte, sa signification profonde qui n'est rien de moins que l'universalité des valeurs portée par notre révolution (quoique cette croyance en l'universalité de ses valeurs puisse contenir d'illusoire) ?


Telle était bien alors l'âme de la France, émue de l'imminent combat, violente contre l'obstacle, mais toute magnanime encore, d'une jeune et naïve grandeur; dans l'accès de la colère même, au-dessus de la colère.


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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 20:57

"Qu'a-t-elle aimé la France ? Les styles, les plaisirs de l'intelligence, les salons, la raison, les petites perfections. L'expression précède la Nature. Il s'agit d'une culture de la forme qui recouvre les forces élémentaires, et sur tout jaillissement passionnel, étale le vernis bien pensé du raffinement.
La vie -quand elle n'est pas souffrance- est jeu.
Nous devons être reconnaissants à la France de l'avoir cultivé avec maestria et inspiration.
 C'est d'elle que j'ai appris à ne me prendre au sérieux que dans l'obscurité et, en public, à me moquer de tout. Son école est celle d'une insouciance sautillante et parfumée. La bêtise voit partout des objectifs ; l'intelligence des prétextes (...). Mettre du talent dans les choses de rien -c'est-à-dire dans l'existence et les enseignements du monde- est une initiation aux doutes français.
La conclusion du 18ème siècle, non encore souillé par l'idée de progrès : l'univers est une farce de l'esprit."

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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 23:44
En allant au do-jang ce matin, sur un panneau publicitaire :
" La France avance, Renault accélère ".
Ceci est par excellence une publicité de "l'ère sarkoziste", caquetant des cocoricos pour faire croire qu'on existe. Un style bien vulgaire, où l'on place sur le même plan une marque de bagnole avec le pays lui-même. Non, je n'achète pas Renault, (j'aime le style italien Vespa, même par 0 degré) et surtout pas avec ce genre de slogan grotesque, cela signifie-t-il que je vais perdre la nationalité française ?
Nouvelle question, adressée aux 2 millions de manifestants du jeudi 29 janvier : si l'on pense, si l'on sent que la France recule de toutes parts, alors faut-il en déduire que Renault cale ? Vendez illico vos Renault et marchons à pied, roulons à vélo, ou à 5 sur des mobylettes!

Deux jours plus tôt, on pouvait lire ici et là qu'un député bien de chez nous, et bien dans le style franchouillard qui donne envie de perdre sa nationalité, voulait rendre obligatoire le chant de la Marseillaise pour les sportifs sous peine de sanction. En 2001, le plus renommé des quotidiens nationaux l'avait crié haut et fort : "nous sommes tous américains". Ce que cela dit aujourd'hui c'est : "nous aurons à être français comme les américains sont américains, ou nous disparaîtrons". Bien, encore une preuve que la France avance.
Notre style, il me semble, c'était plutôt d'être français discrètement, c'est-à-dire, par l'intériorité (le domaine des choses qui ne se voient pas, comme on dit dans le Moo Duk Kwan) : par la langue, par les lettres, par les arts, par le goût, plutôt qu'en hissant un drapeau ou en chantant debout devant la télé.
Voici venu le temps où il faut donner des signes. Montrer que vous êtes français. Et c'est là où les patriotes doivent de toute urgence fabriquer une machine de guerre contre les chauvins. Un patriote de France n'a pas à donner des preuves, faire des signes, il sait ce qu'il a constitué, à qui il doit d'être ce qu'il est, et il sait aussi qu'il est peu de chose et pour peu de temps : c'est pour ça qu'il est prêt à le défendre  contre vents et marées.
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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 /12 /Déc /2008 11:51

Voici la suite du texte de Slavoj Zizek (cf article précédent)

" Qu'est-ce qui devient alors visible du point de vue des interstices des corps sociaux ? Pas simplement les choses cachées, mais ce qui est dissimulé à force d'être trop mis en évidence. En mars 2003, Donald Rumsfeld s'égara dans une petite digression de philosophie de comptoir à propos de la relation existant entre le connu et l'inconnu :
" Il existe des connus connus. Ce sont des choses dont nous savons que nous les connaissons. Il existe des inconnus connus. C'est-à-dire des choses dont nous savons que nous ne les connaissons pas. Mais il y a aussi des inconnus inconnus. Il y a des choses dont nous ignorons que nous ne les connaissons pas".
Ce qu'il oublia d'ajouter, c'est le quatrième terme, crucial  : les "connus inconnus", ces choses que nous ignorons connaître -qui est précisément l'inconscient freudien, le "savoir qui ne se sait pas lui-même". Si Rumsfeld estime que les principaux dangers d'une confrontation avec l'Irak sont les "inconnus inconnus", menaces de Saddam dont nous ne soupçonnons même pas l'existence, le scandale d'Abu Ghraib montre où se situent les principaux dangers : dans les connus inconnus, les croyances et suppositions désavouées, et les pratiques obcènes que nous prétendons ignorer alors qu'elles constitutent le socle de nos valeurs publiques. Exhumer ces "connus inconnus" est la tâche d'un intellectuel."
              Slavoj Zizek, Que veut l'Europe, Champs Flammarion ibid. p154

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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 /12 /Déc /2008 11:21

(...) Dès ses touts débuts (les Présocratiques ioniens), la philosophie apparut dans les interstices de communautés sociales organiques comme la pensée de ceux qui se voyaient prisonniers d'une sorte de position transversale, incapables de s'identifier pleinement à quelque identité sociale que ce soit. Dans le droit fil de ce constat, Kant développa l'idée de la "Weltburgergesellschaft", société civile mondiale cosmopolite, qui n'est pas simplement une extension de la citoyenneté d'un Etat nation à la citoyenneté d'un Etat trans-national global. Membre d'une société civile mondiale, on ne s'identifie plus à un groupe ethnique ou à une tradition culturelle, mais pas non plus à une "humanité", envisagée comme un Tout englobant. On adopte plutôt la position que Gilles Deleuze appelait de la singularité universelle : un sujet singulier qui, par une sorte de court-circuit contournant la médiation du particulier, participe directement de l'Universel. Parlons d'identification à un certain principe éthico-politique universel : un collectif religieux universel, un collectif scientifique, une organisation révolutionnaire globale, tous étant en principe accessibles à chacun. C'est ce que Kant dans son célèbre article "Qu'est-ce que les Lumières?" entendait par l'usage public de la raison, en tant qu'opposé à son usage privé : le terme "privé" ne désigne pas ici l'individu pris en dehors de ses liens communautaires mais bien l'ordre communautaire, institutionnel ou éthique auquel on appartient, les racines particulières de chacun, alors que le terme "public" renvoie à l'universalité sans racine propre à l'exercice par chacun de sa raison. Le paradoxe est alors que l'on ne participe précisément à la dimension universelle de la sphère "publique" qu'en tant qu'individu singulier extrait de, ou même opposé à l'identification communautaire organique- on ne peut être véritablement universel qu'à la condition d'être radicalement singulier, dans les interstices des identités communautaires.
    In Slavoj Zizek, Que veut l'Europe, Réflexions sur une nécessaire réappropriation, chapitre : quelle est la tâche des intellectuels en cette basse époque ?,


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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 12:18

Juste après la "victoire alliée", on nous a donc collé la fête de l'Europe, le 9 mai.
Est-ce à dire qu'on voudrait symboliquement fonder l'Europe sur la victoire contre l'Allemagne nazie et ses alliés (car alliance il y avait, et pas seulement du "bon" côté).
Pourquoi les Etats nations s'uniraient-ils, si ce n'est pas contre quelque chose ? Sont-ils capables de le faire pour quelque chose ?
 

Durant la dynastie des Song, (960-1279), Tseng-Ts'an, disciple de Kong Zi (Confucius) écrivait :

"Ceux qui, au temps jadis, désiraient faire briller leur vertu aux yeux du monde commençaient par mettre de l'ordre dans leur pays ; ceux qui désiraient mettre de l'ordre dans leur pays commençaient par le faire régner dans leur famille ; ceux qui désiraient faire régner l'ordre dans leur famille se cultivaient eux-mêmes d'abord ; ceux qui désiraient se cultiver eux-mêmes, commençaient par corriger leur propre coeur ; ceux qui désiraient corriger leur propre coeur devaient d'abord cultiver leur bonne volonté ; ceux qui désiraient cultiver leur bonne volonté devaient d'abord essayer d'atteindre la connaissance et ils y parvenaient en étudiant les phénomènes.

 Quand on a étudié les phénomènes, on peut atteindre la connaissance ; quand on a atteint la connaissance, on acquiert une bonne volonté ; quand la bonne volonté est acquise, le coeur est corrigé, l'homme est cultivé ; quand l'homme est cultivé, l'ordre règne dans sa famille ; quand l'ordre règne dans sa famille, il règne aussi dans son pays ; et quand l'ordre règne dans tous les pays, la paix règne dans le monde".



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Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /Fév /2008 19:16

Depuis que je suis en Europe, mon cher Rhédi, j'ai vu bien des gouvernements : ce n'est pas comme en Asie où les règles de la politique se trouvent partout les mêmes.
J'ai souvent cherché le gouvernement le plus conforme à la raison. Il m'a semblé que le plus parfait est celui qui va à son but à moins de frais ; de sorte que celui qui conduit les hommes de la manière qui convient le plus à leur penchant et à leur inclination est le plus parfait.
Si dans un gouvernement doux, le peuple est aussi soumis que dans un gouvernement sévère, le premier est préférable, puisqu'il est plus conforme à la raison, et que la sévérité est un motif étranger.
Compte, mon cher Rhédi, que dans un état, les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on obéisse plus aux lois. Dans les pays où les châtiments sont modérés, on les craint comme dans ceux où ils sont tyranniques et affreux.
Soit que le gouvernement soit doux, soit qu'il soit cruel, on punit toujours par degrés : on inflige un châtiment plus ou moins grand à un crime plus ou moins grand. L'imagination se plie d'elle-même aux moeurs du pays où l'on est : huit jours de prison ou une légère amende frappent autant l'esprit d'un européen, nourri dans un pays de douceur que la perte d'un bras intimide un asiatique (...)
D'ailleurs, je ne vois pas que la police, la justice et l'équité soient mieux observées en Turquie, en Perse, chez le Mogol, que dans les républiques de Hollande, de Venise et dans l'Angleterre même ; je ne vois pas qu'on y commette moins de crimes, et que les hommes intimidés par la grandeur des châtiments y soient plus soumis aux lois.
Je remarque, au contraire, une source d'injustice et de vexation au milieu de ces mêmes états.
Je trouve même le prince, qui est la loi même, moins maître que partout ailleurs. Je vois que dans ces moments rigoureux, il y a toujours des mouvements tumultueux, où personne n'est le Chef, et que, quand une fois l'autorité violente est méprisée, il n'en reste plus assez à personne pour la faire revenir ;
Que le désespoir même de l'impunité confirme le désordre et le rend plus grand ;
Que dans ces états, il ne se forme point de petite révolte, et qu'il n'y a jamais d'intervalle entre le murmure et la sédition ;
Qu'il ne faut point que les grands évènements y soient préparés par de grandes causes ; au contraire, le moindre accident produit une grande révolution, souvent aussi imprévue de ceux qui la font, que de ceux qui la souffrent.
Lorsque Osman, empereur des Turcs fut déposé, aucun de ceux qui commirent cet attentat ne songeait à le commettre : ils demandaient seulement en suppliant qu'on leur fît justice sur quelque griefs ; une voix, qu'on n'a jamais connue, sortit de la foule par hasard, le nom de Mustapha fut prononcé, et soudain Mustapha fut empereur.
 
 
Montesquieu, Lettres Persanes, Usbek à Rhédi, de Paris, le 2 de la lune de Rebiab 1, 1715

 

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Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /Déc /2007 10:17

"Le propre de l'Europe,c'est le souci qu'elle manifeste pour l'âme"

Réplique, émission sur France Culture du 8 décembre.


450px-Socrates-Louvre--640x480-.jpg
                                              Socrate selon Lysippe, (4ème siècle avant J.C)
                                              Musée du Louvre, Paris.
                                              Le nez est d'époque moderne, nous dit-on.




ME0000087103-3--640x480-.JPG                                             Socrate, copie romaine anonyme d'une oeuvre grecque
                                                   British museum, Londres.





ME0000081982-3--640x480-.JPG                                                Socrate, artiste anonyme, époque impériale romaine
                                               musée de Pergame (Italie)

"Pour ce qu'est ce bonhomme-ci, et à quel point il est déroutant aussi bien dans sa personne que dans ses propos, impossible de rien trouver qui s'en rapproche ; on peut chercher, et parmi les gens d'aujourd'hui, et parmi ceux du passé ! À moins que d'aventure on n'en découvre une image chez ceux que j'ai dits : non pas chez les hommes, mais chez les silènes et les satyres ; et aussi bien pour la personne que pour les propos. Car c'est, voyez-vous, une chose encore que j'ai laissé passer dans ce que j'ai dit au commencement : ses discours sont on ne peut plus semblables aux silènes qui s'entr'ouvrent. Qu'on veuille bien, en effet, écouter les discours de Socrate : à la première impression, on ne manquera pas sans doute de les trouver absolument ridicules. Tels sont les mots, les phrases qui en sont l'enveloppe extérieure, qu'en vérité on dirait la peau d'un insolent satyre ! Car il vous y parle d'ânes bâtés, de forgerons, de cordonniers, de corroyeurs ; il a toujours l'air de se répéter, dans ses expressions comme dans ses pensées ; si bien qu'il n'y a pas au monde d'ignorant ou d'imbécile qui ne fasse de ses discours un objet de dérision. Mais arrive-t-il qu'on les voie s'entr'ouvrir et qu'on en arrive à l'intérieur, alors on commencera de les trouver, dans le fond, pleins d'intelligence, et les seuls qui soient tels ; puis divins au possible, pleins eux-mêmes du plus grand nombre possible d'images d'excellence, et tendant le plus haut possible, tendant, pour mieux dire, à tout ce qu'il convient d'avoir en vue quand on doit devenir un homme d'honneur !"

 

Platon, Banquet, 221d-222a


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Samedi 13 octobre 2007 6 13 /10 /Oct /2007 10:38

Quelqu’un demanda à Epictète comment on peut dîner d’une manière qui plaise aux dieux.
– Si, dit-il, tu mets dans cet acte de la justice, de la raison, de la retenue, de la décence, n’est-ce pas une manière de plaire aux dieux ?
Lorsque tu demandes de l’eau chaude et que l’esclave n’obéit pas, ou bien obéit en apportant de l’eau tiède ou encore est absent de la maison, n’est-ce pas plaire aux dieux que de ne pas s’irriter et de ne pas élever la voix ? – Mais comment supporter pareilles choses ? – Esclave, ne veux-tu pas supporter ton frère ? Comme toi, il a Zeus pour ancêtre, et il est né dans les mêmes germes que toi, du même principe venu d’en haut ; parce que tu es à un rang supérieur au sien, vas-tu t’instituer son tyran ? Ne te rappelles-tu pas qui tu es et à qui tu commandes, que c’est à des parents, à des frères par nature, à des descendants de Zeus ? – Mais je les ai achetés ; ce n’est pas eux qui m’ont acheté ! – Prends garde ! Où diriges-tu ton regard ? Vers la terre, vers le gouffre, vers les misérables lois des morts, non vers les lois des dieux.
 
                                                                                               
                                                                                            Epictète, Entretiens 1, 13

 

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Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /Oct /2007 09:07
Hourra, Viva

Ce matin, Madame Véronique Pélerin est revenue. Si vous ne connaissez pas ce nom, sachez que c'est la journaliste du week-end sur France Culture. Disparue des ondes depuis la fin août, nous craignions qu'elle n'ait été remplacée par un speaker bavard de plus ... Car Véronique Pélerin illustre que tout n'est pas encore tout à fait perdu en France, malgré l'abaissement complet de la période.
Mais pourquoi Véronique Pélerin nous est-elle si précieuse ?
- En premier lieu, parce que sa présence est un écart de France Culture avec elle-même et sa forte tendance au préchi précha cultureux. Dans une profession où le bien parler est certainement une qualité indispensable, Véronique Pélerin est un OVNI. Son ton est certes élégant, sa manière de parler distanciée, ironique ; mais le plus caractéristique est une tendance à un singulier bafouillage, une manière de notre journaliste de littéralement trébucher sur les mots, comme si elle perdait l'équilibre. Son discours devient alors un peu heurté et saccadé. Qui ne ferait qu'écouter la musique de ses nouvelles trouverait là une partition pour le moins déroutante ; sans aucun doute, Brice Hortefeux et son petit empereur de chef, s'ils l'entendaient, l'enverraient immédiatement repasser son test de français et faire vérifier ses gènes (le débat sur le test ADN pour les immigrés a voilé que la question était celle des gênes que présentent l'étranger).

Mais voilà, Véronique Pélerin a une âme, et ça s'entend. Avant elle, nous n'avions pas idée de ce qu'était un grand journaliste de radio. Un journaliste doit transformer le bruit du monde, la rumeur opaque qui nous glisse dessus, en quelque chose qui parle à chacun. Ce matin, il est question de la situation en Birmanie et des manifestations organisées à travers le monde en soutien aux agitateurs birmans, principalement moines et étudiants ; de celle de Paris, qui aura lieu devant l'ambassade de Chine -quelqu'un d'Amnesty nous explique pendant le flash pourquoi là-. Et tout d'un coup, que 30 secondes d'un flash mondial de 5 minutes soient consacrées à l'endroit précis où se tiendra cette manifestation, est une invitation : à comprendre les relations entre la Birmanie et le reste du monde, à savoir comment se conçoit une manifestation, à aller éventuellement manifester soi-même. Et Véronique Pélerin parle alors à tous les adeptes du "zen" à la mode, aux lecteurs avides du Dalaï Lama, et aux autres. Et avec son flash info, au moment où tout le monde rentre dans le week-end et ne veut plus penser, elle rentre en scène.

Autre sujet poignant de son journal : Marion Jones, la sidérante athlète américaine vient d'avouer qu'elle avait menti, et s'était dopée. C'est sa voix brouillée par les larmes qu'on entend avouer aux journalistes l'étendue de sa mystification. C'est beau et fort comme le meilleur théâtre. On sort de la bêtise moralisatrice contre le dopage. 
Se taire pour écouter. Cesser de commenter pour parler. Ne pas en dire trop pour faire entendre. Mettre en scène pour affecter et inciter à penser.

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