Texte Libre

Bienvenue sur le blog Shiwol do-jang!

Semptembre 2006
I
l sera  question, dans ces pages, des sujets les plus graves — parce que la vie est
courte — et des questions les plus futiles — parce qu'il arrive qu'on la trouve longue ;

Du Soo Bahk Do Moo Duk Kwan, l'art martial traditionnel coréen cher à notre cœur.undefined
D'une certaine tendance de sa pratique : comment ça vit, ce que ça pense,pourquoi ça veut.
De ce qui s'effusionne dans la pratique de Shiwol et dans les alentours : les amis d'Europe ; les amis de plus loin et d'ailleurs.
De la Corée, cet étrange bout de terre qui n'a plus rien de calme, surtout pas son matin, et qui s'agite de tout son corps divisé.

 

Septembre 2007
Voici tout juste un an que Shiwol s'active! Que de chemin parcouru, mais que de distan
ce à parcourir encore!
Nous avons un peu réussi, peut-être.
Que tous les terrains, toutes les occasions, tous les états de conscience intéressent celui qui cherche ce qu'il y a d'art possible dans le Soo
Bahk Do Moo Duk Kwan. Ce qu'il y a à connaître est immense.

 

Mercredi 8 août 2007
(...) Les sociétés à écriture font prévaloir la remémoration exacte, la reproduction conforme sur la reconstruction, source d'innovations involontaires. Les sociétés sans écriture apparaîtraient donc plus plastiques.
Toutefois, l'écriture rend possible d'une autre manière la créativité qu'autorise la transmission orale. Si la transmission orale admet la divergence des versions, c'est que ces versions forment système, et c'est ce système qui se reproduit au fil des récitations individuelles et changeantes (...) Au contraire, l'écriture, agent d'enregistrement, ne permet pas de broder sur un thème mais elle suscite l'accumulation de traditions différentes (...).  Seulement, cela même appelle vite oubli, choix et réorganisation, c'est-à-dire, une autre forme de créativité. On ne peut tout conserver : si en principe tout peut être mis en archives, archiver est une façon d'oublier ; on conserve pour ne pas avoir à se souvenir. En outre, laisser tomber une part de son héritage, c'est choisir consciemment ou non d'en maintenir une autre, car ces sociétés qui se disent modernes ne se défont pas de leur passé, elles le réaménagent. Comme ces sociétés sont complexes et conflictuelles, plusieurs types de réaménagements sont en concurrence : les contemporains s'affrontent par passés interposés en se choisissant leurs ancêtres (...)
Quand en vient-on à parler de traditions ? La plupart du temps, à propos de ce qui semble incompréhensible, arbitraire ; lorsqu'on se demande pourquoi on fait telle ou telle chose et que la réponse est simplement qu'on faisait ainsi autrefois. Mais on ne se pose cette question qu'à partir du moment où cela ne va plus de soi, qu'on ne fait plus aujourd'hui comme nos grands-pères avant-hier (...) D'une tradition vivante, on ne parle pas. Inconsciente mais opérante, elle n'apparaît qu'à l'étranger et ensuite seulement à soi-même et grâce à lui quand il vous interroge sur les raisons de ce qu'on fait sans y penser (...)
                                   
                                      J. Pouillon
in
Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie
par Dodeline publié dans : documentation martiale
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Mardi 7 août 2007
(...)
Tout mythologue sait bien qu'il existe non pas une version unique d'un récit mais plusieurs et souvent fort différentes ; et il arrive à tout ethnologue de recueillir des généalogies divergentes, ou d'assister à des rituels, qui bien qu'affirmés chaque fois être les mêmes, ne se répètent jamais exactement. Néanmoins, les auditeurs, les spectateurs ne sont jamais déroutés par ces écarts ; pour eux, c'est toujours du même mythe, de la même cérémonie qu'il s'agit. La réitération juste n'est pas nécessairement fidèle : il n'existe pas de "modèle" qu'il faudrait reproduire à l'identique. Ce dont se souvient le récitant ou l'officiant, ce n'est pas d'un mot à mot, ou d'une série inaltérable de gestes imposés, c'est d'une structure d'ensemble, qui tolère et même favorise une forme de créativité.
par Dodeline publié dans : documentation martiale
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Vendredi 3 août 2007
En l'honneur de notre 100ème article  sur ce blog, nous nous devions de redevenir  (un peu) sérieux. C'est pourquoi nous vous proposons une définition fouillée du terme "tradition", qui revêt une si grande importance dans les arts  martiaux. Comme cette définition est dense, nous la découperons. Si ce rythme de publication ne vous sied pas, nous vous conseillons  de vous référer  directement à l'ouvrage. Il s'agit du Dictionnaire d'ethnologie et d'anthropologie de P. Bonte et M. Izard.


La tradition se définit -traditionnellement- comme ce qui d'un passé persiste dans le présent où elle est transmise et demeure agissante et acceptée par ceux qui la reçoivent, et qui, à leur tour, au fil des génération, la transmettent.
Comment s'opère la transmission ? Oralement bien sûr puisque les hommes ont répété leur passé avant d'avoir inventé l'écriture ; par exemple, quand il s'agit de perpétuer des pratiques ; par l'écrit également puisqu'il permet de recueillir ce qu'on juge digne ou nécessaire de conserver. Mais que transmet-on ? Ce qu'il convient de savoir et de faire au sein d'un groupe qui ainsi se reconnaît ou s'imagine une identité collective durable, l'important étant(...) de (croire) s'y conformer correctement : raconter des mythes comme on les a entendus, revendiquer une histoire telle qu'on l'a apprise, faire sienne des idées de toutes sortes qui sont autant d'idées reçues. Comment d'ailleurs faire autrement ? Cet ensemble plus ou moins cohérent, c'est ce qu'on appelle une culture. Toute culture est traditionnelle. Même si elle se voit nouvelle, rompant avec un passé jusqu'alors maintenu, même si elle se veut et est peut-être issue de son présent, elle vise à se perpétuer, à devenir une tradition (...)

Mais alors, à quoi rime la distinction entre les sociétés dites traditionnelles et celles prétendues ne pas l'être, parce qu'elles seraient historiques, changeantes et toujours à caractériser par leurs modernités successives ? En fait, elles ne sont pas moins traditionnelles les unes que les autres (...)
Toutefois, il serait vain de vouloir doser, pour chaque société, le poids des traditions. On ne voit pas chez soi ce qu'on ne peut pas ne pas voir chez l'autre, on s'attribue ce qu'on lui dénie : les traditions étant la plupart du temps inconscientes ou du moins implicites, on constate celles de l'autre, on ignore les siennes et corrélativement, on est sensible chez soi au changement et on le valorise ; chez l'autre, au conservatisme qui nous permet de l'identifier.   (à suivre)
 
par Dodeline publié dans : documentation martiale
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Lundi 14 mai 2007

Après Robert Shipley Sa Bom Nim, 7ème dan et conseiller technique pour l'Italie, nous proposons des extraits de l'entretien que nous avons eu, à l'été 2002, avec Urs Spoerri Sa Bom Nim, 5ème dan, responsable technique pour la Suisse.

(...)

Q : Quelle est selon vous la qualité la plus importante nécessaire pour être un Sa Bom ?

U. Spoerri SBN : il y a plusieurs aspects à prendre en compte. Lorsqu'on tient un do-jang, on a une responsabilité éducative envers les élèves. En ce qui me concerne, je fais du Soo Bahk Do avant tout parce que je pense que ça aide les enfants à ne pas être dans la rue. Le plus important à mes yeux est de leur offrir un contenu de vie positif.

Q : Quel contenu par exemple ?

U. Spoerri SBN : La priorité  pour moi est  qu'un enfant apprenne à être responsable de lui-même ; qu'il accepte les autres, qu'il n'y ait pas d'agressions, pas de conflit, qu'il y ait de la solidarité, qu'on soit main dans la main.  Je trouve tous ces principes dans le Soo Bahk Do.

Autre exemple : une enfant arrive dans mon do-jang ; elle est timide et n'ose pas aller toute seule à l'école. Au bout de trois mois, elle est en mesure de le faire. Elle a pris confiance en elle. Cela, c'est pour moi beaucoup plus important que quelqu'un qui devient 1er dan ou qui remporte un titre de champion européen.

Q : est-ce que cela signifie que l'aspect mental du Soo Bahk Do est pour vous plus important que le physique ?

U. Spoerri SBN : Pas nécessairement. Je pense que les deux sont importants (...). Avec les adultes, on peut plutôt discuter de la dimension mentale, tandis que pour les enfants, on doit passer par l'aspect sportif pour arriver au mental. (...)

Q : Est-ce que vous vous considérez comme un "modèle" (ndlr : Sa Bom signifie modèle en coréen) ?

U. Spoerri SBN : Il est toujours difficile d'être un exemple. J'essaie de l'être, mais ce n'est pas à moi de répondre si je parviens à l'être, c'est aux enfants. Je pense qu'on peut mesurer sa propre réussite aux effets que nos actes produisent. J'ai 50 employés dans mon entreprise, et depuis 3 ans, nous n'avons perdu personne. Nous réussissons. On peut faire l'hypothèse que cela provient de la manière dont je dirige les choses. La base, c'est "monkey see, monkey do". On doit faire soi-même ce que l'on demande aux autres. Alors, la vie devient plus facile.

(à suivre)

par Dodeline publié dans : documentation martiale
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Mercredi 2 mai 2007
Voici des extraits d'un entretien réalisé en Suisse, en 2002, avec Shipley Sa Bom Nim. La question principale en était : "qu'est-ce qu'un  Sa Bom  ?".

" (...) Qu'est-ce qu'un Maître ? Qu'est-ce qui fait un bon instructeur ? Qu'est-ce que ça devrait être ?
La définition que le Moo Duk Kwan retient est qu'un Sa Bom doit être un instructeur d'instructeurs ; l'idée est que le Sa Bom ne doit pas seulement donner des instructions directement à ses étudiants mais être capable d'établir des programmes pour un do-jang ou un groupe de do-jangs et veille ainsi à l'enseignement délivré par les Kyosa. Les qualités requises pour être un instructeur, qui est ce que tu veux vraiment savoir, est une question difficile, parce que la nature humaine étant ce qu'elle est, il y a une tendance à faire du rang de Sa Bom plus qu'il n'est en réalité (...) Si on me demandait : " que serait, dans un monde parfait, un bon instructeur ?" , je dirais : quelqu'un qui est, dans sa propre vie, un exemple pour ses élèves. Mais pour certains, c'est difficile ; ils sont
peut-être un peu trop humains, et pas assez Sa Bom.


Je pense que si tu décides d'accepter la position de Maître, tu dois le décider en avance ; ça veut dire que tu devras mener une vie un peu plus exemplaire que celle que tu aurais mené en d'autres circonstances. Je me souviens que lorsque j'étais élève en Corée, j'ai été désappointé, pas totalement mais assez tout de même, lorsque j'ai appris que mon instructeur fumait. Je fumais moi aussi à cette époque, mais le concernant, je crois que j'attendais autre chose. C'est une chose mineure mais ça peut conduire à d'autres déceptions ; si un Sa Bom a des difficultés à séparer relations personnelles dans le do-jang et hors du do-jang, ça peut créer bien des problèmes et les élèves peuvent être considérablement déçus (...)
Depuis le milieu des années 70 aux USA, deux choses sont mises en avant :
 -Le code éthique : le Sa Bom doit avoir une ligne de conduite. A ce propos, le Ko dan ja ( ndlr : l'épreuve d'une semaine par laquelle passe tout pratiquant désirant accéder au grade de Maître, 4 ème dan), au lieu d'apprendre à ce point aux gens à enseigner devrait peut-être leur apprendre à se comporter, comment mener leur vie. Il y a une frontière délicate entre rentrer dans la vie des gens davantage que ce que l'on a le droit de faire, et ne pas aller assez loin avec quelqu'un qui n'a pas "la fibre morale" ; parce qu'au final ce manque de fibre morale se répercute sur toute l'organisation (...)
-Un Sa Bom devrait également être un technicien. Cependant, la formation technique importe moins que la capacité à enseigner. Si vous avez de bonnes capacités physiques, et que vous pouvez montrer ce que vous cherchez à décrire, bien sûr, cela accélère le processus. Parce que la manière la plus efficace d'apprendre pour les élèves est de regarder quelqu'un d'autre. L'élève fera d'autant plus vite une technique correctement que l'exemple qu'il aura eu était de bonne qualité. Mais ce n'est pas complètement essentiel ; je connais également des instructeurs dont les aptitudes techniques ne sont pas aussi grandes, mais qui sont de bons enseignants, de bons modèles, tout simplement parce que ce sont des gens bien. Ils gardent les yeux et les oreilles ouverts à chaque fois qu'ils se déplacent et vont quelque part. Tout le monde, aussi gradé soit-il peut continuer à apprendre. (...) Ces gens, en voyageant expérimentent des choses qui deviennent partie intégrante de leur "répertoire" ; ils utilisent ensuite ce qu'ils ont appris ailleurs parce qu'ils ont éprouvé que c'était une manière efficace de communiquer avec les élèves.
-L'ouverture d'esprit est certainement un des critères les plus importants. Une bonne dose d'humilité ne fait pas de mal non plus. Certains instructeurs ont tendance à faire le paon comme si être Sa Bom devait leur apporter une reconnaissance particulière. Cette reconnaissance particulière qu'ils ont gagnée par leurs efforts est assez bien rendue par le protocole. Au delà, le respect qu'on leur doit devrait vraiment être gagné plutôt qu'automatique.
   
 
Nous remercions Maître Shipley, 7ème dan, de nous avoir autorisé à publier ces échanges.
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