Vendredi 3 novembre 2006
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04:55
Il n' y avait plus de timbre, à moins que je n'ai pas trouvé de boîte à lettres.
Certainement, je n'avais plus les jambes ni la tête pour envoyer ma dernière carte. Je pensais plutôt à mes do-bok sales que je devrai frotter, au coup de poing que j'ai reçu dans le nez, qui me fait sous l'oeil comme des peintures de guerre.
Quoi qu'il en soit, je rentre de ce Ko dan ja en Crète avec une image des trésors de Cnossos dans ma pochette cornée.
Le découvreur des ruines du palais de Cnossos, un certain Monsieur Evans, l'a appelé "la parisienne", parce qu'il la trouvait particulièrement élégante. Elle a dans le dos une sorte de noeud que portent les personnages sacrés, ce qui laisse penser qu'elle pourrait être une divinité, ou un demi déesse (les grecs ont besoin de penser des créatures intermédiaires).
"La parisienne" a du style ; de grands yeux, les lèvres très rouges, des boucles noires qui la rendent tout à fait terrienne. Qui a prétendu que le divin était céleste, la pureté, aérienne ? La parisienne est dionysiaque ; elle était peut-être bien une danseuse, ou une servante, une femme qui fait, produit des choses inaperçues ; mais les 3500 ans qui nous séparent d'elle ont nécessairement eu une vertu anoblissante. Parce qu'on ne peut pas, on ne veut pas imaginer, dans les académies et les guides touristiques, que ce visage qui nous vient de si loin, est peut-être celui d'une femme de rien. Mourad et moi, en discutant, on a appelé cela "prolétaire" : la femme de rien, ou l'homme négligeable, celui et celle qui travaillent.
C'est elle en tout cas, le personnage tutélaire qui me guidera dans l'étendage de ma lessive, mon repassage et la couture de mon écusson. Il y a tout un palais à tenir.
Par Dodeline
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Vendredi 2 mars 2007
5
02
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/2007
21:18

Paillettes et fanfreluches tourbillonent dans Chinatown.

Ceci n'est pas un exercice d'équilibre à la poutre. La police fouille et réalise, avec ses machines, la transparence (dans l'espoir que les radiographies dernier cri des sacs de voyage dissiperont l'opacité ambiante).

Pensée du point de vue de la lune, au milieu des cratères...
Par Dodeline
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Mercredi 18 avril 2007
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18:09
Réflexion d'un peintre sur son art
"Si je trouve quelqu'un qui puisse m'apprendre quelque chose, je suis heureux d'en bénéficier : en un mot, je ne crois pas qu'un artiste ne soit jamais "arrivé". Quand un artiste se développe, il évolue jusqu'à la fin. Nous sommes faits de mille choses qu'il faut abandonner et l'on acquiert plus encore qu'on ne laisse. Il faut parvenir à la connaissance de l'essentiel(...) C'est un manque de sincérité de se dérober aux influences qui s'exercent naturellement sur vous ..., il faut les accepter mais pour réagir, pour en triompher. Ma seule force, ça a été ma sincérité".
Henri Matisse
Par Dodeline
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Mardi 22 mai 2007
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/2007
00:11
Extrait de Ecrits sur les 5 roues, de Miamoto Mushashi
"En toute chose, il y a un rythme. Dans le cas particulier du rythme de la tactique, on ne peut l'atteindre sans s'exercer.
Si l'on regarde autour de soi, on constate que l'existence du rythme est claire dans la danse, la musique et les instruements de musique. Lorsque le rythme
domine, l'exécution est bonne.
Dans le domaine des arts militaires, tels que tir à l'arc, tir au fusil jusqu'à l'équitation, tout obéit au rythme et à la cadence. Dans tous les arts et
techniques on ne peut aller contre le rythme. Dans les affaires abstraites également, c'est le rythme qui domine. Prenons comme exemple la vie d'un samouraï. Elle peut se diviser en rythme des
degrés de son ascension, rythme de sa situation décadente, rythme du moment où tout marche bien pour lui ou rythme du moment où tout est contrariant pour lui. Il en va de même d'un commerçant :
rythme qui lui apporte la richesse ou bien rythme qui la lui fait perdre. Aussi dans chaque domaine il y a des rythmes différents. il faut savoir discerner le rythme ascensionnel et le rythme
décadent en toutes choses. Réfléchissez-y bien.
Plusieurs sortes de rythmes se remarquent dans la tactique. Il faut d'abord connaître le rythme concordant, puis comprendre le rythme discordant. Il faut
savoir discerner le rythme qui sied bien, le rythme à saisir selon l'occasion et le rythme contrariant, tous les rythmes qu'ils soient larges ou étroits, lents ou rapides sont caractéristiques de
la tactique. Tout particulièrement si on ne saisit pas le rythme contrariant, la tactique ne sera pas sur des bases solides.
Dans les combats de la tactique, il faut connaître les rythmes de chaque adversaire et il faut se mettre au rythme inattendu de l'ennemi. Alors on peut vaincre
ses adversaires en se mettant sur un rythme "vide" en partant d'un rythme né de de l'intelligence."
Par Dodeline
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Jeudi 25 octobre 2007
4
25
/10
/2007
23:25
Historiette
taoïste
Le mille-pattes
était heureux, très heureux,
Jusqu'au jour où un crapeau
facétieux
Lui demanda : "dis-moi, dans quel ordre meus-tu tes
pattes ?"
Cela le préoccupa tant et
tant
Qu'il ne savait plus comment faire,
Et qu'il resta à jamais immobilisé dans son
trou.
Par Dodeline
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Samedi 17 novembre 2007
6
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/11
/2007
11:38
1er novembre, le stage Shiwol Soo Bahk Do enfants de la Toussaint s'est tout juste terminé que me voilà planant à 10 000, direction les States.
A ma gauche, le hublot et cela me donne la gachette facile au-dessus des « merveilleux nuages » de Baudelaire*, qu'il n'aura jamais eu l'occasion de voir d'ici. Ici, c'est un airbus
A340, à la ligne lourde nullement rassurante, tant l'aérien reste lié, imaginairement, à la légèreté. Avec derrière la tête aussi le fait que certains esprits chagrins fort déterminés pourraient
décider, pour une fois, d'être fidèles à la fête des morts des infidèles ; et, ainsi nous envoyer valdinguer aux plus près des vapeurs le jour des chrysanthèmes.
Variations au milieu du ciel, au hasard.
effet maritime
effet banquise
effet schiste
effet gouffre
Ça vagabonde ainsi une bonne heure, tandis que le jour tombe dans des nuances de rose et d'oranger. C'est le moment que choisit une voix masculine
pour déclarer qu'elle a « une mauvaise nouvelle à nous annoncer » Il faut faire demi-tour. A cause d'un problème technique, nous dit-on. Hum. Les visages des hôtesses se crispent un peu ; on abandonne le sourire Disneyland, ce qui n'est pas plus mal, mais je n'ai pas envie de mourir au moment où Minnie se
met à bouder. Je m'élève de toutes mes forces à l'alternative du moment : Disneyland sinon rien ! Elles passent dans un sens puis dans l'autre, bref, elles tergiversent. Peut-être
qu'elles ne trouvent plus leur gilet pare-balle ou leur masque à oxygène non-terrien ?
Pas de mouvements particuliers vraiment perceptibles dans l'avion chargé des torpeurs familiales des départs en vacances. Je regarde de nouveau par le hublot où en sont mes beaux nuages ... Y'a
pas à dire, y'a un truc qui a changé ...
.
Pas de doute, c'est notre avion à présent qui vaporise l'atmosphère et laisse échapper des traînées affolantes.
Vais-je finir en Fumée sur fond bleu?
(à suivre)
Par Dodeline
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Jeudi 24 janvier 2008
4
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10:08
Paris, Place de la République, jour de manifestation, octobre 2007
Par Dodeline
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Mercredi 13 février 2008
3
13
/02
/2008
19:36
Il y a eu, il y a quelques mois, une disposition prise à l'échelle européenne, par je ne sais quelle commission de Bruxelles. Il me semble qu'il s'agissait
d'interdire purement et simplement la fessée au sein des familles. Ce qui choqua alors, et bien peu le formulait, c'est cette ambition de légiférer dans les chaumières. Cette manière pour la loi
de venir le soir vers 21h-22h, quand les gosses refusent d'aller se coucher, au milieu du salon. Au parlement de Bruxelles, on avait réussi à mettre à l'ordre du jour que la
loi se mette elle aussi à tirer la langue.
Plus récemment, une claque d'un professeur à son élève de 6ème fit si grand bruit, que l'enseignant fut mis en garde à vue, et suspendu pour un temps, de ses fonctions.
La claque est vexante pour celui qui la reçoit; elle est la pointe physique de paroles qui n'ont pas eu d'effet. A cause de son côté soudain
et inattendu, elle transforme la situation. Contre les claques réflexe, où l'énervement l'emporte et qui peuvent être mal maîtrisées, nous pensons à des
claques stratégiques. Rarissimes et intervenant juste au moment approprié, celui où le cadre saturé n'offre plus rien aux interlocuteurs que leur seule co-présence
irréversiblement appauvrie.
Si le destin des enseignants, et au-delà, des adultes en général, est de devenir de décevants écrans, jamais assez plats au goût de ces chers zenfants, alors autant
qu'ils, que dis-je, que nous nous efforcions de garder encore un peu forme humaine.
Par Dodeline
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Dimanche 17 février 2008
7
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14:04
Vibration du réveil à 5h07.
Grand froid dans la pièce, nuit noire dehors, sauf le reflet des lumières du bureau d'en dessous qui se reflètent dans la fenêtre en face.
Comment faire pour passer du chaud-couchée-sous-la-couette au froid-debout à la poursuite du temps ? Je doute ergo, je suis ... réveillée.
L'eau bout. Sencha.
Ting ting tong tang tong : message de Freak, déjà en route.
Rue vide, selle déchirée, givrée. Direction Porte de la Chapelle. L'air glacé m'oblige à conduire les yeux fermés. Heureusement, la route est droite et Pégase la connaît.
J'attache ma monture, et je regarde l'heure. 6h. Quel progrès.
Freak est là, qui tousse, pâle, tout en noir.
Il y a ceux qui ne se sont pas encore couchés, qu'on reconnaît au volume sonore qui les transporte, et d'autres, silencieux, ombres anonymes dans le petit matin. L'histoire ne dit pas qui
sont ceux qui voyagent vraiment. Nous partons.
Le jour se lève, une heure et demi plus tard, le ciel devient, et nous devenons avec lui. Toujours le sentiment de renaître. Et le temps, dans l'intervalle a filé incroyablement. Freak prétend
que nous ne l'avons pas senti passer car nous étions sans musique. On n'aurait pas le sentiment du temps sans métronome ?
La frontière, traversée comme on passe devant un snack-bar un peu glauque, où l'on pourrait s'arrêter et pourtant ... ce n'est pas ça, une frontière.
En l'occurence, y'avait qu'à suivre les panneaux, on arrive à Wavre sans lézard.
Par Dodeline
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Samedi 23 février 2008
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/2008
17:46
Une longue attente commence pour Freak ; entamée tôt ce matin, elle durera jusqu'à 23h. C'est celle de son lit.
Pour moi alors, c'est l'anxiété moyenne de qui donne cours à un public inconnu. Mais à cette heure matinale dans le centre sportif, elle est un peu désagréable.
Rapidement en do-bok, et réveil en mouvement. Deux adolescentes, entrevues dans les vestiaires courent en tous sens dans la salle en gloussant. Elles me prennent à partie pour que
j'entre dans le jeu.
Les maîtres Boussalaa et Schoonejans me présentent aux élèves qui arrivent peu à peu; puis c'est à mon tour de donner cours.
La plus grande part de ce qui était prévu doit être abandonnée, vive l'improvisation.
Le système de communication qui fonctionne d'habitude avec ses propres élèves est absent. Les signes qu'on émet, les miens, ceux des enfants que j'ai devant moi, fonctionnent entre eux
comme un dialecte et une langue, pleines d'incertitude sur le sens. Qui est dans le dialecte, qui est dans la langue, ce n'est pas la question.
Les maîtres sont assis et prennent des notes, je suis debout, et m'efforçant de ne pas jouer faux. Le temps est un peu arrêté. Il faut lâcher un peu de maîtrise, laisser filer, sinon rien ne
pourra passer. On doit trouver l'art : l'équilibre entre la maîtrise et l'informe. Captiver sans rendre captif. On devrait peut-être sentir à chaque fois qu'on donne
cours ce que demande un public, ce qu'il attend, ce à quoi il aspire (la blague qui fait rigoler, l'exercice qui plaît à tout le monde ...). Et trouver le moment précis où le lui donner. Pas
trop tôt pour qu'il pousse son effort, ni trop tard, on l'aurait perdu . Quel travail!
Par Dodeline
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