Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

_________________

SOO BAHK DO - Moo Duk Kwan










Recherche

 

 Bienvenue sur le blog Shiwol do-jang !


Shiwol do-jang est un espace mental construit en France à partir de la pratique de l'art martial Soo Bahk Do -Moo Duk Kwan. 
Le Soo Bahk Do est un art martial coréen, façonné par la culture et la tradition coréennes. Si certaines de ses techniques remontent à plusieurs centaines d'années, l'art dans sa forme moderne naît en 1945. La Corée recouvre tout juste sa liberté après 30 ans d'occupation japonaise lorsque Hwang Kee fonde son école Moo Duk Kwan à Séoul, d'où est issu le Soo Bahk Do.

blogfev09-001.jpg


La pratique du Soo Bahk Do repose sur les principes de respect du vivant ("hwal" en coréen) et d'harmonie nécessaire entre l'humain et la nature. Sont également considérées comme fondamentales la cohésion du groupe et la solidarité. Enfin, comme le veut l'empreinte confucéenne, la relation entre l'enseignant et l'élève étudiant est considérée comme étant de la plus haute valeur. On trouvera aussi toutes sortes de textes, réflexions, digressions comme autant de petites sentiers cheminant dans l'art martial et au-delà.

Articles Récents

17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 06:49

La récente promotion au grade de ceinture rouge de trois enfants, ayant débuté le Soo Bahk Do lors de la première année d'existence de Shiwol, en même temps que l'émergence d'un sérieux questionnement individuel chez les trois plus anciennes pratiquantes adultes du do-jang nous amène à essayer de serrer au plus près ce qu'on pourrait appeler la "condition du sunbae".

Chez les enfants, la ceinture rouge, que l'on obtient en moyenne après 5 à 6 ans de pratique marque un véritable changement de statut. Ils ont l'impression de rentrer dans le petit cercle des chefs, de ceux qui savent, de ceux qui, du fait de leur petit nombre et de leur placement dans les lignes, sont plus respectables. A 12 ans, ils ont déjà pratiqué la moitié de leur vie ! Le rouge de leur ceinture les font passer dans la symbolique des couleurs du Moo Duk Kwan du printemps à l'été, du temps des fleurs au temps des fruits, du temps de la croissance au temps d'une certaine maturité.

Aussi, depuis la semaine dernière et l'obtention de la précieuse étoffe rouge, on peut observer chez celui-ci une stabilité nouvelle, plus de calme, comme s'il y avait un soulagement intime, touchant à l'idée qu'il a de lui-même et à ce dont il se croyait capable. Chez celui-là, c'est la joie et l'excitation qui l'emportent, comme si, avec ce nouveau grade flamboyant, une barrière était franchie et tout devenait possible, et d'abord la manifestation de sa nouvelle énergie. Nous ne sommes pas loin de penser qu'un groupe de ceintures rouges, pour qui l'obsession d'être le chef (courante dans les groupes de garçons de cet âge)  passerait au second plan, serait un magnifique terrain d'expérimentation et de travail autour de l'art martial, mais pas nécessairement à son propos. Ce serait pour eux par exemple : ce que la pratique nous a rendus capable de faire ensemble. Un beau chantier de méditation pour nous les cadres, pendant les heures creuses de l'été, que d'organiser cet espace au long cours.

Chez les adultes, les choses se présentent de manière un peu différente. Devenue ceinture rouge, (ou bleue marine) ou l'étant depuis une ou deux années déjà, c'est souvent le moment où l'on se demande pourquoi on est là, à s'entraîner depuis tant d'années, à répéter, encore et encore. La question de la répétition a ici toute son importance, d'autant plus que souvent, une ou deux autres "générations" d'élèves sont arrivées après, et les anciens ont donc répété deux à trois fois plus les mêmes mouvements que ceux-là. Ce qui nous amène à une définition nominale du sunbae : celui qui était là avant.

Concernant la répétition, nous aimons bien nous référer à ce qu'en dit Maître Choi: il n'y a pas de répétitionMaître Choi dit qu'on doit pouvoir faire, même au bout de 30 ans de pratique, la défense niveau bas, que l'on apprend le premier jour, comme si ce mouvement était nouveau1Cette idée radicale est le type d'exigeance que devrait se donner un "ancien". Si tu as l'impression de refaire, ce que tu as fait avant, alors c'est que tu n'arrives plus à le faire comme si tu ne l'avais jamais fait. Cela demande d'être capable de "vider son verre" (empty your cup, comme disent les américains) ; si on veut être occidental, cela demande d'être grec, et plus précisément héraclitéen (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve). 

Oui, très bien, sûrement ! Mais il y a des obstacles à ce très sain processus d'auto-régénération, et d'abord celui-ci : le sunbae était là avant. Il a vécu avec le do-jang, il a vieilli avec lui, il l'a soutenu quand il vacillait, il a travaillé pour le faire tenir. De plus, le sunbae, du fait de sa présence ancienne connaît bien l'instructeur, et il ne peut s'empêcher de penser qu'il a droit à une relation privilégiée avec lui. Sur ce dernier point, on pourrait prendre l'exemple d'une famille : l'aîné vit toujours comme une privation l'arrivée du second enfant, parce qu'il vient lui enlever ce qu'il recevait exclusivement auparavant : le soin, l'attention et l'amour des parents. 

La lucidité du sunbae devrait lui permettre de distinguer plusieurs aspects de sa situation, plutôt que de n'y trouver que du manque : tout d'abord, du point de vue de l'entraînement, il doit trouver plus d'autonomie, c'est-à-dire, être conscient de ses points forts, de ses points plus faibles, et devenir capable de s'entraîner sans être sous le regard du maître. D'une part, cela signfie être capable de s'entraîner seul et pas seulement quand il y a cours. D'autre part, de travailler sur ses points faibles, c'est-à-dire, la plupart du temps, ce qu'il apprécie le moins dans l'entraînement. Une autonomie nouvelle est toujours la source d'une grande satisfaction, qu'on se souvienne quand nous avons appris à marcher, ou à lire !

Le sunbae gagnera aussi en autonomie en se nourrissant par l'étude, et très certainement par des lectures, se concentrant ainsi sur son propre perfectionnement. La pratique des arts martiaux achoppe à un moment, si on ne s'intéresse pas au fond culturel d'où ils sont issus. Le projet d'une bibliothèque de Shiwol, où les livres pourraient être empruntés est plus que jamais d'actualité.

Le sunbae, comme il est là depuis longtemps a beaucoup appris, et souvent aussi beaucoup oublié. La reprise de ce qu'il a oublié devrait être une des tâches qu'il se fixe (s'il a vraiment oublié, il peut/doit demander à l'instructeur que celui-ci lui montre à nouveau).

Enfin, en ce qui concerne l'aspect affectif, et la dimension inter-personnelle, nous ne pouvons que faire appel à la noblesse d'esprit qui réside en chacun de nous, ou encore à une forme de virilité, au sens antique du terme2. Dans le do-jang, on ne peut qu'encourager la prise en compte de la dimension collective, et s'imposer à soi-même une certaine hauteur de vue : L'instructeur n'est pas un territoire à prendre ! Il a certes créé un territoire, celui de l'entraînement, mais il n'est pas ce territoire. Enfin, lui aussi est un élève, même devenu maître, et il continue à apprendre, à se transformer, bref, à vivre.

Une fois ce fait sincèrement et réellement accepté, alors un espace pourra naturellement se constituer dans lequel le maître fait confiance au sunbae, lui confie des tâches, et en viendra probablement à lui proposer des choses nouvelles, intéressantes et créatrices. Mais la règle vaut pour tous : commencer par s'examiner soi, ses frustrations (c'est d'elles qu'on apprend!), ses aspirations, avant d'exiger des autres. Et ensuite se reposer calmement la question : le fait d'avoir été là avant devrait-il me procurer des avantages ? Suis-je pour le rétablissemnt du droit d'aînesse, aboli en France une première fois sous la révolution en 1792, puis définitivement en 1849 ? Ou alors, suis-je plutôt pour l'existence d'une aristocratie d'esprit ?

 

1 Une fois, Maître Choi avait même été plus loin en disant que le Soo Bahk Do, ce n'était pas grand chose, seulement la défense niveau bas.

Virilité vient du latin "vir" (lié au mot virtus) et qualifie l'ensemble des qualités qui font la valeur d'un homme physiquement et moralement : les mérites, les talents, la vigueur, la bravoure.

Repost 0
16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 08:37

Voici quelques années, le président de la British Anthropological society de l'époque me demanda comment je pouvais expliquer que le peuple chinois n'ait élaboré aucune science. Je répliquai que cela devait être une illusion d'optique puisque la Chine possédait une "Science" dont le standard work était le Yi King, mais que le principe de cette science, comme tant d'autres choses en Chine, était totalement différent de notre principe scientifique à nous.

La science du Yi King repose en effet, non sur le principe de causalité, mais sur un principe non dénommé jusqu'ici-parce qu'il ne se présente pas chez nous- auquel j'ai donné, à titre provisoire, le nom de principe de synchronicité. Une fréquentation de la psychologie des phénomènes inconscients m'a forcé, depuis un grand nombre d'années déjà, à me mettre à la recherche d'un autre principe d'explication, puisque le principe de causalité me paraissait insuffisant pour éclairer certains phénomènes remarquables de la psychologie inconsciente. Je découvris en effet l'existence de phénomènes psychologiques parallèles entre lesquels il n'est absolument pas possible d'établir de relation causale mais qui doivent être placés dans un autre ordre de connexions. Une telle connexion me parut consister essentiellement dans la simultanéité relative, d'où le nom de "synchronicité". On dirait en effet que le temps n'est rien moins qu'une abstraction, mais bien plutôt un continuum concret renfermant des qualités ou des conditions fondamentales qui peuvent se manifester dans une relative simultanéité en différents endroits selon un parallélisme dénué d'explications causales : c'est le cas par exemple d'apparition simultanée de pensées, de symboles ou d'états psychiques identiques. On trouverait un autre exemple dans l'existence, mise en relief par Wilhelm, d'une simultanéité entre les périodes de style chinoises et européennes qui ne peuvent être mises en rapport de causalité les unes avec les autres.

C.G Jung, A la mémoire de Richard Wilhelm (1930)

 

Cornell Sanstitre3 1500px        

Joseph Cornell, Sans titre 3

 

Autre lien intéressant pour comprendre le fonctionnement du Yi King : 

http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Yijing&lang=fr

Repost 0
15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 05:42

Comme l'indique le Maître Lu Tsou : "si les occupations arrivent à nous, nous devons les accueillir ; si les choses arrivent à nous, nous devons les connaître à fond". L'un accueillera principalement ce qui lui arrive de l'extérieur; l'autre ce qui vient de l'intérieur. Et comme le veut la loi de la vie, l'un prendra à l'extérieur ce qu'il n'avait jamais accepté de l'extérieur auparavant, et l'autre prendra à l'intérieur ce qu'il avait toujours exclu jusque là. Ce retournement de l'être signifie un élargissement, une élévation et un enrichissement de la personnalité, si les valeurs précédentes sont conservées dans le retournement en tant qu'elles n'étaient pas de pures illusions. Si elles ne sont pas conservées, on retombe de l'autre côté et on passe de l'aptitude à l'inaptitude, de l'adaptation à l'inadaptation, du sens au non-sens, et même de la raison au trouble mental. Ce chemin n'est pas sans danger. Tout bien est coûteux et le développement de la personnalité figure au nombre des choses les plus onéreuses. Il s'agit d'acquiécer à soi-même, de se prendre soi-même comme la plus sérieuse des tâches, de demeurer toujours conscient de ce que l'on fait, et d'avoir constamment devant les yeux les plus équivoques de nos propres aspects - c'est là véritablement une tâche qui exige tout de nous. 

 

Carl Gustav Jung, p35, Commentaire sur le mystère de la fleur d'or, Albin Michel, Spiritualité vivantes.

 

Repost 0
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 08:01

Une des questions qui nous trottait dans le ciboulot durant cette saison martiale a été : comment différencier art martial interne et art martial externe. Une première intuition a été posée ici, il y a quelque temps.

La plupart des gens quand ils parlent d'interne et d'externe font comme si la distinction était claire, limpide. On entend certains dire : "cette pratique est plus externe, celle-ci plus interne". En fait, si l'on s'exprime ainsi, c'est que "externe" est devenu synonyme de : travail cardio, musculaire, et éventuellement, vitesse d'exécution. C'est par différence, ensuite, qu'est défini l'interne : il serait lent, doux et l'on dépenserait moins d'énergie.

Il faudrait essayer de dépasser autant que possible cette manière de parler.

L'homme intelligent comprend les autres, le sage comprend les autres ainsi que lui-même, dit le proverbe. Ce  qui implique qu'il y a un degré d'écart de l'intelligence à la sagesse. Comprendre les autres, c'est comprendre son environnement, tout ce qui est extérieur. C'est un premier espace de compréhension, d'exercice de l'intelligence. Mais la sagesse ce serait de revenir à soi, à la dimension interne*. 

Essayons de proposer deux ou trois éléments :

Ce qu'on appelle art interne, d'après ce que nous en percevons, repose sur l'attention à ce qui se passe en soi : la lenteur n'est qu'un moyen pour permettre cette attention, et non pas le but. La manière de respirer est le rythme sur lequel peut se caler l'attention. La respiration, c'est le processus qui capte la matière (les gaz) à l'extérieur, pour nourrir l'intérieur. C'est la raison pour laquelle, la respiration est l'idéale métaphore pour valider l'idée que l'extérieur est premier (puisqu'il est nourricier) par rapport à la dimension interne. La lenteur peut impliquer que la dépense d'énergie soit moindre. Mais pas nécessairement ; si l'on s'exerce par exemple, sur des positions très basses, la lenteur produit un travail musculaire intense, et pas vraiment doux !

Techniquement parlant, nous serions tentés de penser qu'il n'y a ni style interne, ni style externe : il n'y a que des façons de pratiquer. 

Lorsque l'on pratique avec un partenaire, la nécessité de se coordonner avec lui implique qu'il y a un travail externe (on répond à une sollicitation extérieure, attaque, coup de poing de pied, saisie etc). Mais si maintenant, on ferme les yeux, et qu'on s'est mis d'accord sur une codification qui permette aux deux partenaires de coordonner/synchroniser attaque et défense, alors, les mêmes techniques peuvent être travaillées de façon interne.

On peut discuter longtemps (indéfiniment !) du type de mouvement qui favorise le ressenti. Les mains ouvertes, facilitent semble-t-il la circulation du Qi plus que les poings fermés. La décontraction du corps est plus favorable que sa tension. Mais ceci peut aussi bien être contredit par les pratiques respiratoires lentes, en extrême contraction musculaire qu'on observe dans certains styles de karaté par exemple. Tout dépend de ce qui est recherché.

Enfin, un art interne semble considérer d'une façon bien particulière l'image mentale. A partir du moment où le regard quitte l'extérieur pour se tourner vers soi, il change de nature (les yeux comme organes de la vue ne sont pas la même chose que l'oeil interne). Le travail avec les images mentales, reçues et/ou suscitées, ouvre un champ d'investigation immense, dont l'exploration nous semble être la véritable spécificité de l'art interne.

To be continued.

 

*En termes de philosophie, le proverbe jouerait Spinoza contre Descartes. Spinoza, dans l'Ethique, c'est : Dieu ou la Nature existe, avec un certain nombre de caractéristiques, et c'est seulement dans la deuxième partie qu'on en vient au mode fini, dont l'humain, puis aux affects. Ce à quoi on a d'abord rapport, c'est aux autres, à l'altérité, au Deus sive natura. Descartes, ce serait la définition d'une intériorité, d'un sujet pensant le cogito, comme préalable à toute connaissance. Mais le cogito, c'est aussi l'ego.
Repost 0
9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 19:33

 

Le scarabée roule sa boule et dans la boule naît la vie comme effet du travail non dispersé de sa concentration spirituelle. Or si même un embryon dans le fumier peut se développer et dépouiller ses enveloppes, comment l'habitation de notre coeur céleste ne pourrait-elle pas engendrer aussi un corps, si nous concentrons notre esprit sur lui ?

Le secret de la fleur d'or


Repost 0
4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 08:55

 

Les cinq éléments fondamentaux de l’univers (terre, eau, feu, vent, éther) produisent des sons au moindre contact. Cela signifie qu’il existe des langages en tout. Dans ce cas-là, tout ce qu’on voit, entend, sent, goûte, et pense sont également des mots.

On peut ainsi dire que tous les phénomènes de l’univers sont tous des mots qui enseignent la vérité. Les chants des oiseaux, le courant de l’eau, les bruits du vent, tous disent constamment la vérité éternelle.

Kukai*

 

 *Dans quel but êtes vous venu d'aussi loin,

N'est-ce pas pour nous montrer votre excellent talent

Pour apprendre davantage et trouver la Vérité

Aurait écrit le célèbre poète Basho à Kukai lors d'un banquet où ils se rencontrèrent. Kukai, japonais, avait entrepris un voyage en Chine pour approfondir sa connaissance du Bouddhisme. Entre 805 et 806, il reçut l'enseignement de Huiguo, qui reconnut en lui son disciple auquel il devait transmettre son enseignement le plus complet.

Repost 0
30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 12:39

 

En allant en Belgique il y a quelques années, pour le passage de l'examen Kyo sa (instructeur) dans le do-jang de Maître Boussalaa à Wavre, j'avais fait une expérience assez singulière : le fait déroutant de n'être pas comprise dans les consignes les plus simples que je donnai aux élèves wallons.

Expérience angoissante, quand vous vous exprimez dans votre langue, qui est aussi celle de l' auditoire, par des mots simples, que rien ne se passe et que les gens prennent la direction inverse de celle que vous les invitez à prendre ; le pire était encore de constater qu'il n'y avait chez eux aucune insubordination, ou refus délibéré de faire ce que je leur avais demandé. Non, pas de rebellion, juste la plus innocente incompréhension.

Inversement, qui a voyagé un peu, aura remarqué que le fait de ne pas parler la même langue que son interlocuteur ne gêne pas beaucoup la communication. On pourrait même dire : "au contraire" (et ce n'est pas Marc Mangin, l'illustre photographe écrivain voyageur qui me contredira). Peut-être que le sentiment de partager quelque chose avec d'autres humains ne passe jamais aussi bien que dans les cas où il est impossible de dissimuler ce que nous sommes par des considérations spirituelles, ou autres bons mots, qui viennent à propos ; pourvu qu'il y ait la patience, l'écoute même dans le silence, et l'intérêt réciproque, les esprits s'unissent le temps de la rencontre, qu'elle dure l'instant d'une photo, un jour ou des années avant que chacun ne reprenne sa route.

L'expérience de Belgique et des voyages me laissent penser que si nous parlons avec des mots, ils sont largement insuffisants pour garantir la communication. Il y a aussi le geste, c'est-à-dire, quelque chose comme ce que parle le corps. C'est ce langage corporel auxquels sont habitués nos élèves, c'est en cela d'ailleurs qu'ils sont nos élèves ; ce qui fait que même sans un mot, un geste suffit à ce qu'ils comprennent. Il arrive aussi qu'ils ne comprennent pas ; pas plus tard qu'en début de semaine, les enfants et les adultes ne pigeaient plus rien à ce que je disais; il fallait presque que je marche et bouge à leur place ... là on se trouve très fatigués. Pourtant, on a envie de prendre cela pour le signe que ça vibre autrement, que quelque chose ne coïncide plus, et qu'il faut peut-être simplement trouver les gestes qui conviennent aux mots, ou à l'inverse partir des gestes et laisser se dire les mots. Et sans doute, c'est une sorte de laboratoire intérieur où il ne saurait être question de volonté.

Repost 0
29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 07:31

L'homme moderne collectionne les clés sans savoir ouvrir une porte ; sceptique, il se débat entre des concepts sans en soupçonner la valeur intrinsèque ni l'efficacité. Il classe des idées à la surface de la pensée et n'en réalise aucune en profondeur. Il se paie le luxe du désespoir, ce qui est bien le luxe de la commodité. Il croit avoir fait des expériences alors qu'il ne fait qu'éviter celles qui s'imposent et qu'il n'a même pas les possibilités intellectuelles de faire ; son expérience, c'est celle de l'enfant qui s'étant brûlé, veut abolir le feu.

Perspectives spirituelles et faits humains, Fritjhof Schuon

Repost 0
Published by Dodeline - dans épigraphes
commenter cet article
23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 05:47

 

 La ritualisation dans le do-jang existe et elle est nécessaire. Pas seulement parce que les techniques de combat, du fait de leur signification, et de l'orientation qu'elle donne à l'âme humaine sont de l'ordre du sacré. A-t-on songé à ce que signifiait de passer une partie de sa vie à apprendre à comment se défendre de l'autre, ou encore, à le mettre "hors d'état de nuire" ?

Mais la ritualisation concerne aussi ceci : indépendemment des techniques, l'essentiel de ce qui a lieu dans le do-jang met en jeu cette chose toute simple : on y donne, et on y reçoit. 

Donner et recevoir, ça a l'air très simple, et pourtant, comme la psychanalyse le met constamment en évidence, c'est une des dimensions de l'humain les plus complexes (disons le carrément, l'une des dimensions les plus bordéliques).

  •  posons une première question : que donne celui qui donne, ou celui qui offre ? Que reçoit de ce don celui qui reçoit ?

 Si l'on admet comme acquise l'existence d'un inconscient, cette question devient :

  • que croit donner celui qui donne ? Que croit recevoir celui qui reçoit ?

(on pourrait ajouter à cette question celle-ci : pourquoi celui qui donne veut-il donner ceci ? Pourquoi celui qui reçoit veut-il acquérir cela ?)

  • En posant un étage supplémentaire à ce petit échaffaudage, et en s'intéressant à la structure de l'échange (et non pas à son objet) : Celui qui reçoit ne donne-t-il pas aussi dans le fait même qu'il reçoive (comme le rappelle le symbole yin/yang, la partie active a aussi en son sein une partie passive, et réciproquement, la partie réceptive-qui reçoit- intègre une partie active-ce que nous appelons ici "don") ? Et réciproquement celui qui donne ne reçoit-il pas dans le fait même de donner ?

Le bref aperçu de ce miroir aux alouettes nous sert seulement à rappeler ceci : il est bon et essentiel de se remercier l'un l'autre à la fin d'un cours !

 

Si l'on se réfère au texte de Maître Choi, la manière dont on reçoit, la manière dont on donne (ou encore les coordonnées de l'échange pédagogique) se caractérisent de 3 manières différentes :

1/ Le rapport don/réception est caractérisé par le fait que l'élève paie : il achète un produit, en l'occurence des techniques, et bien sûr, le service de celui qui les montre, et considère que cet achat lui donne des droits : celui de "posséder" les techniques qu'il a payées d'une part, et de ne pas souffrir pour les apprendre d'autre part. Une des fonctions de l'argent étant d'obtenir une vie plus confortable, il faudrait être fou pour acheter quelque chose qui nous la rende moins confortable ! La relation élève/instructeur est alors définie par l'échange commercial.


2/ Le rapport don/réception se fonde sur le fait que l'élève a un but. Il aspire à apprendre des techniques, parce qu'il les admire, les trouve belles ; il est conscient que son perfectionnement passe par là. Pour cette raison, il est prêt à accepter les difficultés que présentera l'entraînement. 

 

3/ Le rapport don/réception se fonde sur la relation au maître (il n'y a peut-être de "maître" à proprement parler que s'il y a cette relation). Maître Choi dit que l'élève en ce cas est capable de se représenter le cheminement que représente une vie dans et pour l'art martial ; le fait de se représenter cette existence donne à l'élève une idée sur la philosophie de l'art martial, tel qu'enseigné par le maître. Conscient de l'effort pour gravir le chemin escarpé que cela représente, l'élève est alors disciple. 

La vie d'un do-jang, c'est parvenir à faire cohabiter ces différentes manières d'être là, d'apprendre, et d'enseigner. 

 

Ritualisation alors ?

La ritualisation devrait être la musique du do-jang, être là pour adoucir les moeurs ; servir à ce que le don de l'enseignant ne soit pas arraché par l'élève, ou exigé ; et inversement que la manière dont l'élève reçoit ne soit pas l'objet de brutalité parce que l'enseignant exige que son enseignement soit reçu d'une manière et d'une seule, celle qu'il souhaite, dans le style qu'il souhaite. Une des lignes de fuite1 du do-jang, ce serait : l'élève reçoit ce que l'enseignant lui donne d'une façon telle qu'il lui apprend quelque chose qu'il ignorait sur ce qu'il pensait donner.

 

http://www.youtube.com/watch?v=Q-KVoDJYXcY

 

1 "c’est que les gens, que ce soient les individus ou les groupes, ils sont composés de lignes. C’est une analyse de linéaments, tracer les lignes de quelqu’un, à la lettre, faire la carte de quelqu’un. Alors là, la question même : est-ce que ça veut dire quelque chose ou pas ? Évidemment elle perd tout sens. Une ligne, ça veut rien dire. Simplement faire la carte avec "les espèces de lignes de quelqu’un" ou d’un groupe, d’un individu, à savoir qu’est-ce que c’est que toutes ces lignes qui se mélangent. En effet... Il me semble, on pourrait concevoir les gens comme des "mains". Chacun de nous c’est comme une main ou plusieurs mains. On a des lignes, alors ces lignes ne disent pas l’avenir parce qu’elles préexistent pas, mais il y a des lignes, bon, de toutes sortes de natures, et entre autres il y a des lignes qu’on peut appeler de bordures, de pentes ou de fuites.

-  Et d’une certaine manière vivre, c’est vivre sur - en tout cas aussi - c’est vivre sur ces lignes de fuite. Alors c’est ça que j’ai essayé d’expliquer, mais chaque type de lignes a ses dangers. C’est pour ça que, c’est pour ça que c’est bien, c’est pour ça que c’est très bien, on peut jamais dire - c’est là que je me sauverai - le salut ou le désespoir, vient toujours d’une autre ligne que celle qu’on attendait. On est toujours pris par surprise.

Je disais le danger propre à la ligne de fuite, c’est qu’elle frôle à des choses tellement étranges que d’une certaine manière c’est d’elles qu’il faut qu’on se méfie le plus. C’est de celles que nous traçons qu’il faut se méfier le plus en ce sens que c’est là qu’on frôle les plus grands dangers. A savoir les lignes de fuite, elles ont toujours une potentialité, une espèce de puissance, de possibilité de tourner en ligne de destruction, en ligne de désespoir et de destruction. Alors que - j’ai essayé d’expliquer la dernière fois - que pour moi en tout cas, c’était des lignes de vie, c’était avant tout là, et sur ces "pointes", sur ces "pointes de fuite" c’était là que se faisait et se créait la vie. 

 cours de Gilles Deleuze à Vincennes « Anti-Œdipe et autres réflexions », du 27/05/1980 - 1 Transcription : Frédéric Astier -

Repost 0
21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 22:54

 

Le Maître Ch'an Changing Huileng entra dans la salle pour s'adresser aux moines.

Après un long silence il dit : "Ne dîtes pas que ça ira un peu mieux ce soir".

Puis il quitta la salle.

 

 

Repost 0
Published by Dodeline - dans épigraphes
commenter cet article